Rester assis en soi

Je ne sais pas si c’est l’âge ou quoi, mais de plus en plus, j’ai besoin d’une pause. Pas d’une pause clope, café ou télé. Non, juste une pause sans rien faire, le temps de sentir la vie circuler en moi, le temps de sentir battre mon cœur, l’inspir et l’expir, la densité du corps et en même temps sa lumière.

Vaguement allongée sur le canapé, recouverte d’un châle en laine pour me garder au chaud, je prends maintenant régulièrement le temps de ne rien faire pendant 10-20 minutes, dans le silence. Sans être véritablement de la méditation, c’est un temps de reconnexion, d’assise en soi-même qui permet de se reconnecter à soi en dehors des obligations sociales, familiales, professionnelles, qui permet de mieux se connaître, de se recentrer, sans aucun but véritable, sans productivité.

Claudia Welch, dont j’ai beaucoup parlé par ici et par sur ce blog nous disait qu’elle voyait, en consultation et lors des stages qu’elle anime, un nombre incalculable de femmes qui étaient incapables de s’arrêter, de se retrouver avec elles-mêmes, en elles-mêmes, même pour quelques instants. Comme si elles étaient constamment sous l’œil d’une caméra qui les filmait et qui enregistrait toutes leurs actions.

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Incapables de s’asseoir un instant sans prendre le tel, un livre, la tablette ou une revue. Comme si on devait constamment rendre des comptes (… à qui?), être productif (… dans quel but?) Tout cela traduit malheureusement à mes yeux une incapacité à rester en soi-même, avec soi-même, à être à l’aise avec qui l’on est. L’attention constamment captée par les objets des sens, on passe ainsi à côté de soi tout en ayant eu l’impression de remplir sa vie.

C’est l’un des spectres de l’horreur personnels, cette idée qu’il est possible de passer à côté de soi, de son incarnation, de cette « précieuse vie humaine » comme disent les bouddhistes et les hindous. On voit tellement de personnes distraites, qui oublient leurs affaires partout, qui se cognent aux objets, qui renversent leur tasse trois fois par jour (j’exagère à peine), qui constamment passent du coq à l’âne… Prenons-nous assez le temps de rester assis en nous-mêmes, de ralentir pour sentir la vie en nous, le palpitement de nos cellules et la joie dans nos cœurs ? Si nous ne nourrissons pas en nous cette capacité, comment ferons-nous le jour où nous serons malade, affaibli.e, très âgé.e ?

Je sais malgré tout que les difficultés rencontrées par beaucoup sont dues au fait qu’elles ne sont pas en amitié avec elles-mêmes, avec leur histoire de vie, leur part d’ombre, que les possibles traumas subits dans le passé n’ont pas été purifiés. C’est pourquoi il me semble si important de commencer un travail sur soi-même. C’est finalement ce qui nous est demandé dans cette vie, de surmonter les difficultés, d’avancer, pour pouvoir être bien avec soi-même pour être bien avec les autres… avant d’approfondir encore pour pouvoir enfin aller à la rencontre du Soi… mais c’est là une toute autre histoire.

6 réflexions au sujet de « Rester assis en soi »

  1. aporteedescoeurs

    ´….c’est ce qui nous est finalement demandé dans cette vie. ´
    Merci de t’y attarder Atmaprana. C’est une vraie question. Il est tout à fait possible que ce besoin de se retrouver avec soi-même émerge davantage quand on avance en âge mais pas que. C’est, je pense, la question de la sensibilité, de la conscience personnelle. Et un fait nié par la société productiviste et consumériste. A se l’apprivoiser. A cultiver pour se sentir entièrement vivre.
    Ce soir je vais voir le film ‘Happy. La méditation a l’école’. En voilà une bonne nouvelle 🙂

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    1. atmaprana Auteur de l’article

      Merci pour ton commentaire! Oui, à mes yeux la société va de plus en plus vite et fait tout pour constamment attirer notre attention vers l’extérieur, cherchant à la capter en créant de nouveaux désirs souvent inutiles. Plus on est connecté à soi-même, moi on a besoin et plus on ralentit… enfin, c’est mon expérience!

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  2. Le blog yoga de CaroCaro

    J’adore ! Je partage ton analyse d’autant qu’en ce moment j’ai un déséquilibre vata : mon esprit ne cesse de vagabonder. Je me concentre difficilement … ton texte me rappelle cette nécessité de se poser – bien que je sois avec moi meme pendant ma méditation ! Merci pour tes belles réflexions !

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    1. atmaprana Auteur de l’article

      C’est tellement facile d’avoir un Vata déséquilibré en ce moment. Avec le rythme général de la vie dans nos sociétés, sans parler de tout ce qui se passe dans le monde! Prenons des moments de pause pour ne pas perdre les pédales!

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