Voyage à l’ancienne

Longtemps j’ai envié les personnes qui avaient découvert l’Asie et en particulier l’Inde dans les années 70. Ils avaient peut-être rêvé devant l’Inde Fantôme, le film mythique de Louis Malle (tapez Phantom India dans YT) ou assisté aux conférences et projections des films d’Arnaud Desjardins, Ashrams, Le Message des Tibétains, Himalaya, le lac des Yogis, Zen…, alors réalisateur de documentaires avant de devenir le maître spirituel que l’on connaît. Ces films magnifiques, dont on trouve également des extraits sur YT ont inspiré un nombre non négligeable de personnes, et notamment de français à « prendre la route », pour aller à la rencontre de l’Inde, de sa culture, de ses traditions, de ses maîtres.

Longtemps j’ai envié ceux et celles qui partaient sans date de retour, pour de longs mois de découvertes, d’aventures et souvent d’errance. L’Inde est un pays unique où il était facile de se perdre physiquement et… psychiquement. Il n’y a qu’à lire le livre de Régis Airault, Fous de l’Inde. Délires d’occidentaux et sentiment océanique pour s’en convaincre. Le voyage en Inde nous défait de toutes nos illusions, de celles que nous avions sur nous-même, de celles que nous avions sur le monde. Pour peu que la découverte intérieure nous motive, nous en reviendrons avec moins de certitudes, et donc avec plus de maturité.

Varanasi

Il me semble qu’aujourd’hui, avec internet, les téléphones, les réseaux sociaux, la découverte n’est plus la même. Les rapports entre les personnes en ont été modifiés. La rencontre avec l’autre ne se fait plus en toute innocence. Les Indiens sont hyper connectés. La moyenne d’âge dans ce pays est de 27 ans! Il change à toute allure et les personnes sont passées directement au smartphone sans passer par le téléphone fixe. Une ouverture sur le monde évidemment, mais aussi à mes yeux une grosse machine à broyer les particularismes et à attiser les jalousies.

Aujourd’hui, nous savons à l’avance ce que nous verrons, à quoi plus ou moins nous attendre ; nous sommes beaucoup plus informés que ceux qui partaient sans rien connaître du pays à l’avance, si ce n’est quelques images glanées ici ou là dans les livres, les films et les musées. J’imagine qu’ils partaient souvent avec des images mythiques de yogis et de fakirs, de cobras, de temples et de paysages de plaines balayées par la poussière d’avant la mousson. Le voyage était éprouvant, surtout pour ceux qui partaient par la route comme l’avaient fait la première fois Arnaud et Denise Desjardins en 1959. Comme j’ai rêvé en lisant La Route et le chemin de Denise Desjardins, La Piste de Madhuri, ou encore L’Inde ici et maintenant de Jean Biès !

Fatehpur Sikri

Et puis tout récemment, je me suis rendu compte qu’à moi aussi il m’avait été donné de voyager quasiment de la même façon. Quand je suis allée en Inde la première fois, c’était au début de l’année 2001. J’étais en voyage de plusieurs mois en Asie du Sud-Est et c’est sur un coup de tête que nous avons atterri à Calcutta, sans aucune préparation, sans guide, sans carte, sans téléphone. Lorsque j’y suis retournée seule fin 2002, j’avais décidé d’y séjourner 6 mois. Là encore, pas de carte, pas de téléphone, très peu d’internet. J’allais de temps à autre dans un « café internet » (est-ce que ça existe encore ces lieux-là ??) pour envoyer un message à mes parents et des messages groupés aux amis à Paris. Les coupures d’électricité constantes et le débit extrêmement bas me poussaient à une grande concision! Pour guide, j’avais un vieux Lonely Planet trouvé en chemin.

Pas de plan, pas d’itinéraire, aucun contact sur place, aucune lecture en amont… Une seule adresse pour débuter, l’ashram Shivananda de Neyyar Dam près de Trivandrum où je ne suis finalement restée que 3 jours. J’étais en errance, je ne savais pas où j’allais. Je ne connaissais personne qui était allé en Inde et je n’avais reçu aucun conseil (mais entendu des histoires abominables, ça oui!), aucune recommandation. Aucun but, aucune « case à cocher », aucune attente consciente, et c’est ce qui a fait la richesse de ce deuxième voyage, le premier d’une longue série…

Finalement, j’ai voyagé comme les « anciens ». Au gré des rencontres, des indications données sur un bout de papier, des intuitions, des saisons, des horaires de train. Une Italienne vivant en Inde depuis des années rencontrée à une gare routière de Mysore et hop ! en route pour Badami, Bellur et Halebid et leurs temples majestueux, des lieux dont je n’avais pas même entendu parler jusqu’à cette rencontre. Un américain d’origine japonaise rencontré dans les ruines de Hampi et nous voilà quelques jours plus tard devant le Taj Mahal, puis à une retraite en silence Vipassana… Une soufie rencontrée dans un ashram et nous voilà à participer à un Dhikr dans la vieille ville de Delhi, avant de se retrouver quelques jours plus tard à chanter avec les Hare Krishna à Vindravan…

L’Inde m’a transformée. Sans même évoquer ma rencontre avec Amma dans son ashram d’Amritapuri un jour de 2002, qui est l’événement le plus important de cette vie, j’ai eu la chance de découvrir des endroits incroyables, de faire des rencontres et des expériences qui m’ont métamorphosée… de trouver ma voie spirituelle. Pour moi le vrai voyage, c’est ça : la possibilité de partir plusieurs mois sans but à atteindre sauf celui de la découverte extérieure et intérieure. Je me sens véritablement bénie d’avoir eu la possibilité de découvrir ce pays extraordinaire avant les smartphones et les réseaux, avant l’uniformisation inéluctable des modes de vie… C’était il y a presque 20 ans seulement, une autre époque.

3 réflexions au sujet de « Voyage à l’ancienne »

  1. litteraturemonamour

    L’Inde m’a toujours attirée, pour moi c’est le berceau de la spiritualité. J’ai eu l’occasion d’aller au Cambodge où l’influence indienne est très forte, notamment sur la religion et les arts. Ce qui me donne encore davantage l’envie d’y aller un jour. Belle et douce journée !

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    1. atmaprana Auteur de l’article

      Oui, l’Inde est une source d’inspiration inépuisable et reste un pays très spirituel… malgré tout. Si vous avez l’occasion d’y aller un jour, n’hésitez pas! mais faites attention à la saison. Dans le nord en juin, il fait 50 degrés;)!

      Aimé par 1 personne

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