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Archive for the ‘spiritualité’ Category

Dans une autre vie, je vivais à Paris et je menais une vie mouvementée dans l’édition. J’étais stressée, fatiguée et un rien m’exaspérait. Je venais de rencontrer Amma et je sentais bien qu’un changement de perspective allait s’enclencher.

C’est également à cette époque que j’ai vécu pendant quelque temps avec un Indien qui était en France pour des études de cinéma. Il avait reçu une éducation intégrale et hautement spirituelle dans l’une des écoles de la Mère à New Delhi. Sa famille était très engagée dans la vie de l’ashram et en tant qu’enfant unique, il avait été très choyé par sa mère, sa grand-mère et tous les résidents et visiteurs de cet ashram.

Cette éducation et sa culture spirituelle avaient fait de lui un être solaire qui était apprécié de tous. Il prenait la vie comme elle venait, ce qui parfois créait des incompréhensions entre nous. Un jour, déjà séparés à ce moment-là, je sortais de chez lui pour rentrer à la maison. Il m’accompagnait.

En retrouvant mon vélo attaché à une grille, je me suis rendu compte qu’une des roues était à plat. Je suis tout de suite partie en vrille : mélange d’exaspération, de frustration (il allait falloir rentrer à pied, il était déjà tard, etc.), de colère (comment c’est possible alors qu’il était parfaitement gonflé quand je l’ai laissé il y a 2 heures ?), etc. Devant ma réaction complètement disproportionnée, après tout il ne pleuvait pas et il faisait encore jour, il s’est contenté de dire : « Mais tu sais, c’est peut-être arrivé pour que tu évites un accident aujourd’hui. » Sa perspective était à l’opposée de la mienne. C’est presque comme s’il y avait de la gratitude dans sa voix.

Aujourd’hui, avec le recul, après du temps passé en Inde, quelques années de pratiques spirituelles et beaucoup de découvertes intérieures, je sais qu’il avait raison et cette réponse est restée gravée dans ma mémoire. Quand il arrive un incident mineur dans nos vies, il se pourrait bien qu’en réalité, nous en évitions un plus grave.

Les roues qui crèvent, les trains et les avions en retard, tous ces moments qui nous poussent à la vacance nous sont finalement donnés comme des respirations dans nos vies, pendant lesquelles on ne peut pas vraiment faire grande chose de plus que d’attendre et, pour peu que nous ne jetions pas d’office sur notre téléphone « pour tuer le temps », regarder ce qui se passe à l’intérieur de nous-mêmes.

Dans la même « mini-série », épisode 1 et épisode 2.

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Aujourd’hui c’est un jeune chat qui m’a enseigné une leçon importante de stoïcisme.

Un été, après le dîner et une belle journée de randonnée dans la montagne, nous nous promenions dans un petit village d’Ariège quand nous sommes passés le long d’un jardin dans lequel se trouvait un jeune chat gris. Celui-ci se tenait assis sur une table de métal peint. Apparemment il s’était battu la veille ou quelques jours auparavant et était blessé à l’oreille et sur le devant. Ses plaies étaient encore rouges et devait bien le faire souffrir. Malgré tout il gardait la tête haute ; il se tenait droit, presque avec fierté. Ces plaies dans son pelage n’entamaient en rien sa perception de lui-même. Il était là, pleinement lui-même, aucunement diminué par ses blessures.

Dans bien des cas, pour autres êtres humains, dès que nous percevons sur nous ce que nous considérons comme un défaut physique (bouton, cicatrice, cheveux blancs, quelques kilos en trop…), nous nous lamentons, notre confiance en nous en prend un coup et nous nous dévalorisons. Certains iraient jusqu’à annuler un rendez-vous pour un motif si insignifiant. C’est que pour la grande majorité d’entre nous, nous nous identifions complètement à notre corps. Notre corps c’est nous. Pourtant nous savons bien que ce n’est qu’une enveloppe, qu’un véhicule qui nous est donné pour cette vie. C’est à nous d’en prendre soin avec bienveillance, mais le corps n’est pas notre essence.

L’image de ce jeune chat m’est souvent revenue l’an passé quand j’ai dû me faire opérer d’une lésion cancéreuse au coin de l’œil. La cicatrice est bien évidemment toujours visible et elle a été moche pendant des mois. En plein milieu du visage, entre les yeux, c’est tout à fait visible. Dès le lendemain de l’opération, alors que j’avais la tête d’un boxeur avec un hématome géant et que je ne pouvais presque pas ouvrir l’œil droit, je me suis souvenue de ce chat et je me suis dit que je ne laisserai pas cette cicatrice entamer mon estime de moi, malgré les questions moqueuses de certains collègues, malgré les regards gênés et interrogateurs, malgré l’image que me renvoyait le miroir.

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J’éprouve ici le besoin de rendre hommage à quelques personnes et quelques situations qui m’ont enseigné de belles leçons au fil des ans. On dit souvent que la vie est notre maître spirituel, encore faut-il avoir assez de conscience pour se laisser pénétrer par les messages qu’elle nous adresse par l’intermédiaire des situations et des autres.

Penchée au-dessus de la balustrade du balcon, j’ai 7 ou 8 ans. Au rez-de-chaussée, je vois une femme débarrasser la table du déjeuner et se mettre à la nettoyer. Elle prend le temps d’essuyer chacun des sets de table avec attention, de les placer correctement pour leur permettre de sécher au soleil, puis elle passe l’éponge sur toute la surface de la table, prenant la peine de frotter çà et là pour enlever une petite tache quelconque.

Quelle situation plus banale ? Nous la répéterons des milliers de fois dans notre vie. Et pourtant ce moment est resté gravé dans ma mémoire et m’a enseigné l’importance d’accorder aux choses toute notre attention. Cette femme ne manifestait aucune impatience à effectuer une tache aussi banale, elle semblait y mettre toute son attention et tout son cœur, elle l’a faite parfaitement, dans la détente. Cette attitude était en directe opposition avec l’attitude générale de ma mère, qui vivait la plupart du temps dans un climat intérieur de tension et d’impatience qui rendait la vie avec elle assez pénible.

L’attention et le soin que l’on met à effectuer les taches du quotidien est un aspect important de la vie spirituelle. Ça aiguise notre vigilance et notre concentration, ça nous force à rester dans le moment présent et ça nous permet aussi et surtout d’ouvrir notre cœur en mettant de l’amour dans toutes nos actions. Là où il y a de l’amour, il n’y a pas d’effort.

C’est une pratique quotidienne qui nous est proposée : étendre le linge, faire la vaisselle, passer l’aspirateur, faire les courses, toutes ces activités répétitives peuvent soit nous peser et devenir source de stress et de frustration, soit être pour nous l’occasion d’ouvrir notre cœur et de cultiver notre gratitude. Après tout, si nous nous trouvons à effectuer ces taches, c’est que nous avons des vêtements pour nous couvrir, un toit au-dessus de notre tête, assez d’argent pour acheter à manger, etc. Nos besoins essentiels sont couverts et rien que pour ça, nous sommes privilégiés.

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« Les transitions, c’est un changement d’énergie.  »

Sur le moment quand j’ai entendu cette courte phrase lors d’un stage auquel j’ai participé récemment, je n’ai pas compris pourquoi elle m’avait tant interpellée.

Puis je me suis rendu compte, que justement, je n’honorais en général pas assez les transitions.

Il y a bien sûr les grandes transitions de la vie: de l’enfance à l’adolescence, de l’adolescence à l’âge adulte, puis la vieillesse, les déménagements, les changements de situation relationnelles, professionnelles, l’arrivée d’un enfant, un décès… mais il y a aussi les transitions du quotidien: arriver au travail, revenir à la maison le soir, le coucher du soleil, la transition de la semaine au week-end, du week-end à la semaine de travail, d’un dossier à l’autre, d’une activité à l’autre, d’une saison à l’autre…

Ce n’est que récemment que j’ai commencé à m’accorder des moments de pause, de transition justement entre deux états. Pendant longtemps, je me suis comportée comme si je n’avais pas besoin de ralentir pendant ces moments de transition, comme si j’étais capable de faire les choses sans transition justement.

Je partais quelques jours à l’étranger, passais la nuit dans l’avion et arrivais directement au travail de l’aéroport (avec encore mon sac sur le dos; je ne peux pas dire que ça m’est arrivé de nombreuses fois, mais ça m’est bien arrivé!). De même, je ne m’autorisais pas à avoir un temps d’adaptation à l’arrivée dans un nouveau pays. Je demandais à mon corps et à mes émotions de se réguler immédiatement, me lançant dans de multiples activités et une frénésie de visites, quand je voyais les autres s’accorder deux ou trois jours de repos pour se remettre du voyage et débuter les découvertes doucement.

Ou alors je me jugeais sévèrement parce que je trouvais que je n’arrivais pas à m’adapter à un nouvel emploi assez rapidement, alors que changer de travail, finalement, c’est un vrai changement de vie: transports, rythmes, relations avec les collègues, apprentissage de nouveaux domaines, tout change. C’est bien entendu une évidence (qui m’a longtemps échappée!), mais je me rends compte aujourd’hui que je me me suis longtemps imposé une vie sans transition par souci de toujours paraître « au top », « adaptable », « flexible ». Ces critères sont ceux de notre société toujours en mouvement, toujours fluctuante où tout va très vite, mais ils ne sont pas ceux de notre cœur. Le mental et l’intelligence ont un rythme très rapide, on saisit souvent rapidement les enjeux d’une nouvelle situation, mais le cœur, lui, est beaucoup plus lent et a besoin de plus de temps pour s’adapter et trouver sa place. Encore faut-il lui en donner la chance!

Les grandes transitions, comme celles du quotidien, sont souvent un temps de flottement, de brume (ou de brouillard) pendant lequel les énergies changent: les anciennes se dissipent et les nouvelles se mettent en place. C’est pour moi à présent un temps d’observation que je cherche à reconnaître et à respecter. Quand je rentre du travail par exemple, je sais que j’ai besoin de 15-20 minutes de transition pour que l’énergie de la journée et ses tensions se dissipent et que je puisse pleinement profiter de la soirée. Certains marqueront cette transition par un apéritif, d’autres par une sieste éclair ou profiteront du temps de transport pour « se vider la tête » avec de la musique ou de la lecture… A chacun ses stratégies !

Dans les cercles spirituels et conscients, j’ai remarqué également qu’une grande importance est accordée aux transitions. On débute une activité, on la fait, puis on clôture avant de passer à autre chose. Parfois la transition est matérialisée par le son d’une cloche, par le chant de mantras, par la récitation d’une prière. Il ne s’agit pas de courir plusieurs lièvres à la fois comme on le fait dans notre vie quotidienne, par exemple en avalant notre petit-déjeuner en lisant un magazine d’un œil et en vérifiant les notifications sur notre portable de l’autre, tout cela au son de la radio ou de la télé. Il s’agit au contraire d’honorer la transition d’un moment à l’autre pour mieux goûter le moment présent. Et quand on goûte véritablement le moment présent, la vie acquiert une saveur plus profonde. On ne se contente plus de rester en surface des choses et des relations.

Traditionnellement en Inde, des rituels sont menés à l’aube et au coucher du soleil, des mantras sont récités au début de chaque activité et avant les repas; chaque moment est ritualisé pour justement honorer les transitions. Cela permet de poser le mental, d’aligner tous nos corps (physique, éthérique, intellectuel, émotionnel et spirituel) sur l’énergie du moment, afin de vivre de façon plus consciente et de sortir de la mécanicité et de la superficialité ambiante. Une vie bien vécue est finalement une vie où l’on aura été présent à soi et aux autres, moment après moment, jour après jour, année après année.

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« Une chenille abîmée ne peut pas devenir un beau papillon », nous disent les maîtres spirituels.

Sur le chemin spirituel de la tradition que je suis, il s’agit de détruire l’ego afin que notre vraie nature de pure existence-conscience-béatitude (satchidananda) soit révélée, mais avant de détruire l’ego il semble bien que nous devions d’abord avoir un ego bien construit et sain.

En effet, comment survivre aux rigueurs de la voie spirituelle si nous sommes constamment assaillis par le souvenir de traumas anciens, si nous vivons constamment cachés derrière les systèmes de défense que nous avons érigés au fil des années? Comment rester ouvert aux enseignements et au changement quand on reste malgré nous arqueboutés dans notre souffrance?

La voie spirituelle requiert un esprit d’ouverture qui recherche et accepte la transformation de soi-même; pour qu’elle porte ses fruits, il est nécessaire de rester poreux tout en conservant son discernement. C’est une école du détachement.

Il arrive souvent que nos expériences de vie nous laissent cadenassés en nous-même. Nous ne pouvons pas nous déployer comme un grand arbre qui puise dans l’énergie de la voie pour se déployer ensuite et donner ombre, fruits et bois aux autres. Nous restons recroquevillés en nous-même, nous regardant de l’extérieur, le mental perturbé par des jugements négatifs, du dégoût ou du dépit envers nous-mêmes et donc envers les autres.

Bien sûr, cette attitude peut ne s’exercer que pour certains aspects de notre personnalité, mais il arrive que nous croisions des personnes qui soient tellement en souffrance qu’on ne voit pas comment elles pourraient parvenir à s’ouvrir d’elles-mêmes.

C’est là qu’il est important, je trouve, de prendre ses responsabilités et de se mettre en quête d’une personne qui pourra nous aider. Bien sûr, il faut d’abord avoir pris conscience de nos blocages et surtout être arrivé au point où on se dit : « Ce n’est plus possible, je ne peux continuer comme ça! » Cette phase est essentielle pour qu’un vrai travail puisse débuter.

Il ne suffit généralement pas que l’incitation vienne de l’extérieur, il faut que ça vienne de nous-même. Les autres peuvent nous aider, nous accompagner, nous inspirer, mais ultimement, c’est à nous de faire le travail et nous sommes, tous, seuls sur le chemin vers l’éveil même s’il est important de prendre conscience que nous sommes tous soutenus par les maîtres, bien que ce soit de façon subtile pour la très grande majorité d’entre nous.

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J’ai une conscience de plus en plus aiguë de l’impermanence. Tout est en constant changement/mouvement/flux. Un jour on se sent en forme dès le matin, le lendemain on n’arrive pas à émerger; un jour on est en très bonne santé, le lendemain le dermato nous apprend qu’on a un cancer de la peau (je me permets de prendre cet exemple, car c’est ce qui m’est arrivé plus tôt cette année, au visage); un jour le pays est en paix, le lendemain il pleure ses morts; un jour notre vie est paisible, le lendemain notre compagnon nous annonce qu’il nous quitte… Cette impermanence est la seule « constante » qui existe.

Cette idée est chère aux bouddhistes et aux hindouistes et nous incite à cultiver le détachement, par rapport aux événements mais également par rapport à nos propres pensées. Notre mental est comparé dans la tradition indienne à un jeune singe qui constamment saute d’arbre en arbre – certains ajoutent qu’il est même saoul!. Les maîtres spirituels nous le disent à leur tour: si notre mental pouvait se voir attribuer des « miles », il serait au top du statut des frequent flyers!

En un instant, on peut passer d’un souvenir de notre enfance à une rêverie sur le futur, de New Delhi à Albuquerque, d’une angoisse soudaine par rapport à un coup de fil pro délicat à un sentiment de légèreté en pensant au vaste univers dans lequel est suspendue notre petite Terre…

Comment, dans ces conditions, réussir à maintenir notre équilibre, notre centre? Pour certains personnes, il s’agira de penser à sa famille, d’autres se concentrent sur leur travail, d’autres encore se donnent à fond dans un sport ou une association caritative. De mon côté, ce qui m’apporte équilibre et force, c’est la spiritualité. C’est quelque chose qui ne pourra jamais m’être enlevé par les circonstances extérieures. C’est un aspect de ma vie qui est le plus souvent inconnu des personnes que je côtoie dans ma vie quotidienne, mais qui m’apporte une stabilité qui est apparemment de plus en plus visible.

Il a quelques années j’avais des périodes où je me sentais déconnectée de ma spiritualité et ces moments étaient toujours difficiles. Aujourd’hui, grâce à mes pratiques spirituelles quotidiennes, des réunions mensuelles qui se déroulent à la maison où nous méditons en groupe, des lectures, des séjours réguliers dans des centres spirituels, je parviens à maintenir ouvert ce canal qui me nourrit, me soutient et me fait avancer.

Mes grands-parents polonais catholiques, qui étaient très pratiquants tout en étant dans l’ouverture et l’accueil de l’autre, sont aujourd’hui pour moi des exemples et je regrette de n’avoir pas pu plus échanger avec eux quand ils étaient encore en vie. Je me suis embarquée sur un autre chemin, mais nous aurions eu sans doute beaucoup à échanger. Une médium m’a dit un jour qu’elle voyait à mes côtés une figure grand-maternelle. Je n’ai aucun doute que ce soit ma grand-mère qui m’accompagne encore aujourd’hui…

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Nataraja

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