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Vortex

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Des mois que je n’ai pas écrit quoi que ce soit ici. Ces dernières semaines, j’ai eu l’impression d’être prise dans un vortex spacio-temporel. L’impression que le temps s’accélère, que ce qui avait de l’importance hier n’en a plus aujourd’hui, que le monde entier est emporté dans un souffle global qui le dépasse, que chacun cherche à se raccrocher à ses identités illusoires et en même temps, à s’en libérer.

Il y a peur et lumière, anxiété et amour.

Des projets articles tournent dans ma tête. J’ai pensé écrire au sujet de notre petit jardin qui ne nous apporte que du bonheur (oui, un véritable cliché mais les jardiniers sauront à quoi je fais référence, c’est incroyable ce qui peut se passer dans 100 m2, à tous les niveaux), au sujet des masques et du coronaV (mais il y a tellement de cacophonie médiatico-réseausocialesque que ça ne me donne pas envie d’en rajouter), au sujet des énergéticien.nes/médiums et autres canals sur lesquels je me suis bien branchée depuis le début de l’année (mais là encore, il faut exercer son discernement et comme je ne suis pas canal moi-même, pas la peine de dire quoi que ce soit; ceux qui sont intéressés sont déjà connectés), au sujet d’Amma et de la relation au maître spirituel (mais ça s’est transformé en livre), au sujet de l’ouverture du cœur que je ressens de plus en plus en moi et chez les autres…

C’est au delà des mots. Ça se passe secrètement, dans le silence de la méditation ou la joie des chants dévotionnels, dans la nature ou au bureau, lors d’une longue marche ou juchée sur un vélo à fond la caisse un matin d’été

Pour ensuite se déployer dans tous les instants du jour. Qu’en dire si ce n’est que lorsque l’on ressent cet amour immense en soi on se sent à sa place, en paix avec soi-même et le monde.

Enfin le mental nous laisse tranquille et pendant quelques instants, c’est à notre véritable nature que nous goûtons.

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Stress et voie spirituelle

Je crois que ce que je trouve le plus difficile à supporter quand je traverse les phases de stress intense que je connais parfois, c’est vraiment le sentiment de séparation avec soi-même et les autres.

Quand je suis stressée, j’ai le cœur qui bat plus vite, je transpire plus facilement, je suis rapidement impatiente et le sommeil devient juste ridicule. Soit je m’endors facilement et après quelques minutes, je me réveille, car je suis envahie par une vague de stress. C’est comme si je sentais le cortisol et l’adrénaline que mes pauvres glandes surrénales injectent dans mon organisme, envahir mon corps. C’est très désagréable. Mon cœur se met à battre encore plus vite, cela me réveille complètement et généralement je ne peux me rendormir au mieux que des heures après, très tard dans la nuit. Ou alors c’est l’opposé, de fatigue, je m’endors et reste endormie quelques heures puis vers 3 ou 4 heures, c’est le réveil en sursaut et les idées qui tournoient dans ma tête que je sens presque prête à exploser.

Quand il faut se lever, c’est l’horreur : l’impression d’avoir passé la nuit dans un avion. Des cernes sous les yeux qui sont gonflés, le teint rougi par l’excès d’hormones de stress (qui sont des inflammatoires notoires), l’impression d’avoir une masse lourde et embrouillée à la place du cerveau. Les idées sont confuses, l’attention en berne, le désintérêt généralisé et la patience à zéro. Comme j’ai la plupart du temps retardé mon réveil, je ne peux pas faire mes pratiques spirituelles habituelles (que j’essaie de faire le soir en rentrant, pour « rattraper », mais évidemment ce n’est pas pareil, avec la fatigue de la journée, etc.) Ce n’est pas pour rien que la tradition suggère qu’elles soient faites le matin, le plus tôt possible, avant que nous ne soyons pris dans le tourbillon des activités de la journée et d’en avoir accumulé la fatigue.

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Sur la voie spirituelle, la détente et la décontraction sont des éléments clés. En effet, comment parvenir à méditer (c’est-à-dire en réalité le plus souvent, juste parvenir à un minimum de concentration) quand on a les idées qui tourbillonnent à en devenir obsessionnelles, quand on pique du nez dès qu’on ferme les paupières, quand on a le corps endolori par excès de tensions et d’acides, etc. C’est la raison pour laquelle de nombreuses traditions insistent sur ce point. C’est comme un préalable. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de méditer quand vous êtes vraiment stressé, mais c’est pour moi complètement impossible. La tension nerveuse empêche le corps de rester immobile et l’esprit est trop embrumé pour se concentrer sur quoi que ce soit. Du coup, au stress vient s’ajouter un sentiment d’échec par rapport à la pratique, qu’il devient impossible de continuer.

En fait, quand je suis dans cet état-là, c’est comme si j’étais en mode survie. Les journées au travail (qui pourtant me plaît), me semblent interminables, je n’attends qu’une chose, c’est de pouvoir rentrer à la maison et m’allonger un peu, histoire d’essayer de passer une soirée à peu près correcte avant une autre nuit a priori difficile. La semaine se traîne en longueur et comme je ne suis pas très productive le soir après le travail, je me retrouve avec plein de corvées une fois le week-end arrivé.

Bref, lorsque je suis en période de stress intense, je perds le contact avec moi-même et en le perdant je deviens moins attentive aux autres. Je me retrouve arcboutée sur moi-même dans une attitude mentale tellement négative qu’il me devient bien impossible de manifester compassion et/ou patience envers autrui. Le pire c’est que je suis sûre que, le stress chronique atteignant partout dans le monde des proportions épidémiques, nous sommes nombreux à passer par ce genre de phases et donc à passer à côté de nous-même et des autres à cause du stress.

C’est la raison pour laquelle il paraît fondamental d’apprendre à faire le tri dans ses priorités pour limiter autant que possible ce stress qui nous rend malades au niveau individuel et au niveau global. Quand on a la sensation d’être en mode survie, il est impossible de mettre l’autre avant nous, ce qui est pourtant prôné par toutes les grandes traditions spirituelles, il devient impossible de manifester spontanément de la bienveillance, de la « loving kindness » comme disent les bouddhistes. Le lien avec soi et donc avec l’autre est perdu. On peine à puiser dans le réservoir d’amour universel qui pourtant sous-tend toute chose. À mon sens, c’est l’une des raisons de la violence croissante de nos sociétés. Comment rester en contact avec l’autre de manière positive quand nous sommes nous-mêmes pris dans la négativité et que nous sommes à bout de nerfs ?

Autour du même thème,

Crise d’angoisse (1) et (2), L’importance de la relaxation et Stress et hatha yoga

Maîtres du quotidien (1)

J’éprouve ici le besoin de rendre hommage à quelques personnes et quelques situations qui m’ont enseigné de belles leçons au fil des ans. On dit souvent que la vie est notre maître spirituel, encore faut-il avoir assez de conscience pour se laisser pénétrer par les messages qu’elle nous adresse par l’intermédiaire des situations et des autres.

Penchée au-dessus de la balustrade du balcon, j’ai 7 ou 8 ans. Au rez-de-chaussée, je vois une femme débarrasser la table du déjeuner et se mettre à la nettoyer. Elle prend le temps d’essuyer chacun des sets de table avec attention, de les placer correctement pour leur permettre de sécher au soleil, puis elle passe l’éponge sur toute la surface de la table, prenant la peine de frotter çà et là pour enlever une petite tache quelconque.

Quelle situation plus banale ? Nous la répéterons des milliers de fois dans notre vie. Et pourtant ce moment est resté gravé dans ma mémoire et m’a enseigné l’importance d’accorder aux choses toute notre attention. Cette femme ne manifestait aucune impatience à effectuer une tache aussi banale, elle semblait y mettre toute son attention et tout son cœur, elle l’a faite parfaitement, dans la détente. Cette attitude était en directe opposition avec l’attitude générale de ma mère, qui vivait la plupart du temps dans un climat intérieur de tension et d’impatience qui rendait la vie avec elle assez pénible.

L’attention et le soin que l’on met à effectuer les taches du quotidien est un aspect important de la vie spirituelle. Ça aiguise notre vigilance et notre concentration, ça nous force à rester dans le moment présent et ça nous permet aussi et surtout d’ouvrir notre cœur en mettant de l’amour dans toutes nos actions. Là où il y a de l’amour, il n’y a pas d’effort.

C’est une pratique quotidienne qui nous est proposée : étendre le linge, faire la vaisselle, passer l’aspirateur, faire les courses, toutes ces activités répétitives peuvent soit nous peser et devenir source de stress et de frustration, soit être pour nous l’occasion d’ouvrir notre cœur et de cultiver notre gratitude. Après tout, si nous nous trouvons à effectuer ces taches, c’est que nous avons des vêtements pour nous couvrir, un toit au-dessus de notre tête, assez d’argent pour acheter à manger, etc. Nos besoins essentiels sont couverts et rien que pour ça, nous sommes privilégiés.

Honorons les transitions

« Les transitions, c’est un changement d’énergie.  »

Sur le moment quand j’ai entendu cette courte phrase lors d’un stage auquel j’ai participé récemment, je n’ai pas compris pourquoi elle m’avait tant interpellée.

Puis je me suis rendu compte, que justement, je n’honorais en général pas assez les transitions.

Il y a bien sûr les grandes transitions de la vie: de l’enfance à l’adolescence, de l’adolescence à l’âge adulte, puis la vieillesse, les déménagements, les changements de situation relationnelles, professionnelles, l’arrivée d’un enfant, un décès… mais il y a aussi les transitions du quotidien: arriver au travail, revenir à la maison le soir, le coucher du soleil, la transition de la semaine au week-end, du week-end à la semaine de travail, d’un dossier à l’autre, d’une activité à l’autre, d’une saison à l’autre…

Ce n’est que récemment que j’ai commencé à m’accorder des moments de pause, de transition justement entre deux états. Pendant longtemps, je me suis comportée comme si je n’avais pas besoin de ralentir pendant ces moments de transition, comme si j’étais capable de faire les choses sans transition justement.

Je partais quelques jours à l’étranger, passais la nuit dans l’avion et arrivais directement au travail de l’aéroport (avec encore mon sac sur le dos; je ne peux pas dire que ça m’est arrivé de nombreuses fois, mais ça m’est bien arrivé!). De même, je ne m’autorisais pas à avoir un temps d’adaptation à l’arrivée dans un nouveau pays. Je demandais à mon corps et à mes émotions de se réguler immédiatement, me lançant dans de multiples activités et une frénésie de visites, quand je voyais les autres s’accorder deux ou trois jours de repos pour se remettre du voyage et débuter les découvertes doucement.

Ou alors je me jugeais sévèrement parce que je trouvais que je n’arrivais pas à m’adapter à un nouvel emploi assez rapidement, alors que changer de travail, finalement, c’est un vrai changement de vie: transports, rythmes, relations avec les collègues, apprentissage de nouveaux domaines, tout change. C’est bien entendu une évidence (qui m’a longtemps échappée!), mais je me rends compte aujourd’hui que je me me suis longtemps imposé une vie sans transition par souci de toujours paraître « au top », « adaptable », « flexible ». Ces critères sont ceux de notre société toujours en mouvement, toujours fluctuante où tout va très vite, mais ils ne sont pas ceux de notre cœur. Le mental et l’intelligence ont un rythme très rapide, on saisit souvent rapidement les enjeux d’une nouvelle situation, mais le cœur, lui, est beaucoup plus lent et a besoin de plus de temps pour s’adapter et trouver sa place. Encore faut-il lui en donner la chance!

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Les grandes transitions, comme celles du quotidien, sont souvent un temps de flottement, de brume (ou de brouillard) pendant lequel les énergies changent: les anciennes se dissipent et les nouvelles se mettent en place. C’est pour moi à présent un temps d’observation que je cherche à reconnaître et à respecter. Quand je rentre du travail par exemple, je sais que j’ai besoin de 15-20 minutes de transition pour que l’énergie de la journée et ses tensions se dissipent et que je puisse pleinement profiter de la soirée. Certains marqueront cette transition par un apéritif, d’autres par une sieste éclair ou profiteront du temps de transport pour « se vider la tête » avec de la musique ou de la lecture… A chacun ses stratégies !

Dans les cercles spirituels et conscients, j’ai remarqué également qu’une grande importance est accordée aux transitions. On débute une activité, on la fait, puis on clôture avant de passer à autre chose. Parfois la transition est matérialisée par le son d’une cloche, par le chant de mantras, par la récitation d’une prière. Il ne s’agit pas de courir plusieurs lièvres à la fois comme on le fait dans notre vie quotidienne, par exemple en avalant notre petit-déjeuner en lisant un magazine d’un œil et en vérifiant les notifications sur notre portable de l’autre, tout cela au son de la radio ou de la télé. Il s’agit au contraire d’honorer la transition d’un moment à l’autre pour mieux goûter le moment présent. Et quand on goûte véritablement le moment présent, la vie acquiert une saveur plus profonde. On ne se contente plus de rester en surface des choses et des relations.

Traditionnellement en Inde, des rituels sont menés à l’aube et au coucher du soleil, des mantras sont récités au début de chaque activité et avant les repas; chaque moment est ritualisé pour justement honorer les transitions. Cela permet de poser le mental, d’aligner tous nos corps (physique, éthérique, intellectuel, émotionnel et spirituel) sur l’énergie du moment, afin de vivre de façon plus consciente et de sortir de la mécanicité et de la superficialité ambiante. Une vie bien vécue est finalement une vie où l’on aura été présent à soi et aux autres, moment après moment, jour après jour, année après année.