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Tempête et calme

Je sais que de nombreuses personnes souffrent de ce confinement prolongé. Les appartements trop petits, les tensions familiales, les proches malades, en réanimation, les pertes d’emplois ou le trop de travail, les exodes dans certains pays, avec au ventre la peur de manquer de nourriture. J’ai pleuré devant les images des milliers d’Indiens tentant de fuir les bidonvilles des grandes villes pour aller se réfugier à la campagne, devant parfois marcher jusqu’à plusieurs centaines de kilomètres pour rejoindre leurs proches. J’ai lu des témoignages de détresse des quatre coins du monde. Quand les états ne sont pas très organisés, quand les structures de service public sont défaillantes, le confinement devient une épreuve insurmontable. Certains pays d’Afrique ont même renoncé à tout confinement : comment en effet confiner des familles entières dans des maisons de tôle, quand bien même ces maisons existeraient. Ils préfèrent s’en remettre au karma, à la volonté divine…

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Mais j’ai aussi vu les images des dauphins près de Venise, des animaux qui se baladent en toute tranquillité dans les rues des villes et des villages, se prélassant au beau milieu de la chaussée, les milliers de tortues qui pondent tout le jour sur la côte est de l’Inde, les chaînes de montagnes se dévoilant pour la première fois depuis des décennies devant les yeux ébahis des habitants qui ne savaient même plus qu’elles étaient là, toutes proches.

J’ai aussi senti l’odeur fraîche et campagnarde de l’air le matin en ouvrant les fenêtres alors que nous habitons en ville, j’ai vu le ciel complètement bleu, sans les stries habituelles laissées par les avions, j’ai entendu les oiseaux qui semblaient redoubler de joie car leur terrain de jeux s’est étendu (les chasseurs ne chassent plus, les parcs et jardins ont retrouvé un calme olympien).

J’ai aussi senti le calme et la paix. Fermés les stades, les bars et les boites, les lieux où s’échangent des énergies basses. Fini le bruit incessant de la circulation, des klaxons, des sirènes. Terminée cette agitation parfois stérile qui nous a tous contaminés en occident ; cette volonté de mobilité frénétique, pour trop souvent s’échapper de soi-même, cette attention constamment attirée vers l’extérieur, le divertissant et le stimulant. Pour ceux qui ont une tendance à l’introspection et qui ont l’habitude d’une vie plus lente, cette période peut être bénie, surtout si comme moi, on a, selon toute vraisemblance et d’après les médecins (mais on ne saura sans doute jamais vu tout le cirque autour des tests, mais c’est une autre histoire…) attrapé le virus d’entrée de jeu, fin février, avant que l’épidémie ne s’étende vraiment dans notre pays.

C’est en cette période de confinement que j’ai vraiment encore vu toute la valeur qui réside dans le fait d’avoir une pratique spirituelle régulière : méditation, récitations de mantras, chants dévotionnels, lectures de livres spirituels, yoga… Même confiné, même malade, tant qu’il nous reste un peu de conscience, il est toujours possible de pratiquer ! Les disciples d’Amma ont régulièrement posté des enseignements en ligne, nous permettant tous de rester ancrés dans nos pratiques et de nous relier les uns aux autres, alors que nous sommes tous dispersés de par le monde. Je sais que de nombreux mouvements spirituels et religieux ont déployé toutes sortes de moyens pour soutenir leurs fidèles et c’est vraiment une bénédiction que d’avoir cette dimension verticale dans nos vies, maintenant et en tout temps. Pour beaucoup d’entre nous, cette période nous aura permis de nous confronter aux questions essentielles, peut-être pour la première fois. Je forme le vœu que nous les oublions pas une fois le confinement levé!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des symptômes très inhabituels (on se connaît après plus de 40 ans dans la même enveloppe !), une agueusie sans nez bouché, de la fièvre et un manque d’énergie comme je n’en ai jamais connu, une toux qui a duré presque un mois et qui a fini par me déplacer une côte. Bref, quand le confinement a été décidé, mon mari et mon père de plus de 75 ans avaient déjà été contaminés, sans gravité heureusement.

Rester assis en soi

Je ne sais pas si c’est l’âge ou quoi, mais de plus en plus, j’ai besoin d’une pause. Pas d’une pause clope, café ou télé. Non, juste une pause sans rien faire, le temps de sentir la vie circuler en moi, le temps de sentir battre mon cœur, l’inspir et l’expir, la densité du corps et en même temps sa lumière.

Vaguement allongée sur le canapé, recouverte d’un châle en laine pour me garder au chaud, je prends maintenant régulièrement le temps de ne rien faire pendant 10-20 minutes, dans le silence. Sans être véritablement de la méditation, c’est un temps de reconnexion, d’assise en soi-même qui permet de se reconnecter à soi en dehors des obligations sociales, familiales, professionnelles, qui permet de mieux se connaître, de se recentrer, sans aucun but véritable, sans productivité.

Claudia Welch, dont j’ai beaucoup parlé par ici et par sur ce blog nous disait qu’elle voyait, en consultation et lors des stages qu’elle anime, un nombre incalculable de femmes qui étaient incapables de s’arrêter, de se retrouver avec elles-mêmes, en elles-mêmes, même pour quelques instants. Comme si elles étaient constamment sous l’œil d’une caméra qui les filmait et qui enregistrait toutes leurs actions.

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Incapables de s’asseoir un instant sans prendre le tel, un livre, la tablette ou une revue. Comme si on devait constamment rendre des comptes (… à qui?), être productif (… dans quel but?) Tout cela traduit malheureusement à mes yeux une incapacité à rester en soi-même, avec soi-même, à être à l’aise avec qui l’on est. L’attention constamment captée par les objets des sens, on passe ainsi à côté de soi tout en ayant eu l’impression de remplir sa vie.

C’est l’un des spectres de l’horreur personnels, cette idée qu’il est possible de passer à côté de soi, de son incarnation, de cette « précieuse vie humaine » comme disent les bouddhistes et les hindous. On voit tellement de personnes distraites, qui oublient leurs affaires partout, qui se cognent aux objets, qui renversent leur tasse trois fois par jour (j’exagère à peine), qui constamment passent du coq à l’âne… Prenons-nous assez le temps de rester assis en nous-mêmes, de ralentir pour sentir la vie en nous, le palpitement de nos cellules et la joie dans nos cœurs ? Si nous ne nourrissons pas en nous cette capacité, comment ferons-nous le jour où nous serons malade, affaibli.e, très âgé.e ?

Je sais malgré tout que les difficultés rencontrées par beaucoup sont dues au fait qu’elles ne sont pas en amitié avec elles-mêmes, avec leur histoire de vie, leur part d’ombre, que les possibles traumas subits dans le passé n’ont pas été purifiés. C’est pourquoi il me semble si important de commencer un travail sur soi-même. C’est finalement ce qui nous est demandé dans cette vie, de surmonter les difficultés, d’avancer, pour pouvoir être bien avec soi-même pour être bien avec les autres… avant d’approfondir encore pour pouvoir enfin aller à la rencontre du Soi… mais c’est là une toute autre histoire.

Routines ou rituels ?

Sur les blogs et les réseaux, on entend de plus en plus parler de « routine » : routine de beauté, routine d’été/d’hiver, routine du matin (dans la veine « Miracle morning ») / du soir, etc.

J’ai bien l’impression que ce soit un anglicisme car initialement la routine en français, si j’en crois monsieur Larousse, ça veut quand même dire : « Habitude mécanique, irréfléchie, et qui résulte d’une succession d’actions répétées sans cesse », voire « Ensemble bien établi d’habitudes qui crée un état d’apathie, une absence d’innovation ». Bref, ça ne fait pas rêver ! Donc si j’ai bien compris, aujourd’hui on parle de routine(s) quand on parlait hier d’habitudes positives.

En effet, ces nouvelles routines sont souvent présentées sous leur aspect positif, permettant de maintenir une bonne hygiène de vie, permettant également d’ancrer sa journée dans le terreau fertile d’une matinée bien menée, et ce, dès le lever. Dans les traditions spirituelles, il est d’ailleurs souvent conseillé de se lever tôt, voire très tôt dans la tradition indienne, afin de profiter des bonnes ondes pendant l’heure de Brahma, « Brahma muhurta », entre 4 et 6 heures du matin, soit avant le lever du soleil qui se lève là-bas de bonne heure toute l’année.

Rituels

Nombreuses sont les personnes qui semblent s’être mises à la méditation, au yoga, aux soins naturels, aux exercices énergétiques (ou est-ce l’effet grossissant des réseaux ?), mais j’ai parfois l’impression que ces personnes sont en quête de quelque chose, souvent peut-être d’un apaisement du mental qui va au-delà de l’intention apparente. Il se peut cependant que les nouvelles habitudes et autres routines ne suffiront pas à atteindre ce but (et peuvent même créer des tensions et de la culpabilité supplémentaires quand elles ne sont pas complètement adaptées à la personne) si elles ne sont pas accomplies avec conscience. La présence à soi et la présence à ce qu’on fait, c’est ça qui me semble être la clé. J’en avais déjà parlé ici et , car c’est un sujet qui me tient vraiment à cœur.

En fait, il s’agirait de transformer les routines en rituels, en prenant ce terme dans sa pleine acception. Le rituel est ce qui nous permet de rester reliés, reliés à soi, mais aussi à plus grand que soi. Le rituel se doit d’être plein de sens et il est propre à chacun. Certains débuteront leur séance de yoga avec des prières ou des mantras, certaines resteront les mains posées sur leur visage après les soins, en signe de gratitude, d’autres encore allumeront une bougie ou un bâtonnet d’encens avant de s’asseoir quelques instants en méditation, les exemples sont infinis… !

A mes yeux, ce sont ces rituels quotidiens qui donnent leur saveur à notre quotidien. Là où il y a de la présence, il y a de l’amour ; là où il y a de l’amour, tout semble chaque jour nouveau et la « routine » disparaît alors. Magique, non ?

Se blesser en yoga? (1)

Il y a quelques mois, j’ai commencé à vouloir « approfondir » ma pratique de yoga. Je ne sais pas si c’est l’influence d’Instagram auquel je me suis abonnée assez récemment (je ne suis abonnée à aucun compte de yoga, mais on ne peut s’empêcher d’aller y jeter un coup d’œil quand même, hein !…) ou juste l’envie de réveiller un peu ma pratique yogique que je percevais comme étant un peu routinière, mais soudain, j’ai eu envie d’aller plus profond dans les poses, de les garder plus longtemps, d’essayer d’autres asanas.

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Et puis j’ai commencé à avoir des douleurs vraiment intenses dans le cou, les épaules et le haut du dos. J’ai mis tout ça sur le compte de mon travail sur écran en open-space (et la tension inévitable générée par ces conditions de travail), etc. jusqu’à ce que me vienne l’intuition que c’était peut-être dû à mes expérimentations. Je m’étirais plus longtemps, plus profondément, je m’écoutais finalement moins qu’avant. Je faisais également des étirements dans la journée, au niveau des épaules, des bras… J’avais l’impression que plus je m’étirais, plus c’était bénéfique et que c’est ce qu’il fallait faire. Jusqu’à ce que je commence à faire des recherches sur les blessures qui peuvent résulter d’une pratique du yoga inadaptée (on a l’impression que c’est encore un peu tabou en France alors que le débat est clairement ouvert aux États-Unis depuis quelques années déjà), jusqu’à ce que je tombe sur le travail de Michaelle Edwards et son site YogAlign.

Pour être honnête, par manque de temps, je ne l’ai pas vraiment exploré en détails, j’ai plutôt tout de suite acheté son livre que je suis en train de parcourir. Ce qui m’a convaincue, c’est que je suis tombée sur certaines références à son travail, sur certaines des réponses qu’elle apportait dans des forums qui ont tout de suite résonné en moi.

En gros, et je n’en suis qu’au début de l’exploration de ces nouvelles données (désolée si ce que j’écris est évident, mais il m’a fallu un long chemin pour en arriver là 😉 !), si on est comme moi hyperlaxe de certaines articulations, il convient non pas de s’étirer encore plus, mais au contraire de stabiliser l’articulation de façon favoriser un bon fonctionnement de celle-ci.

Si on s’étire trop, si on descend trop profondément dans certaines postures comme les fentes avant, on risque de finalement juste peser sur les ligaments et l’articulation n’est plus tenue, ce qui conduit à moins de cohésion squelettale. J’ai arrêté de bloquer mes genoux en extension, de vouloir à tout prix poser mon talon au sol si ça se faisait pas naturellement, de vouloir faire des rotations de mes épaules en Adho Mukha svanasana par exemple. Assez rapidement, mes douleurs ont disparu, même cette tendinite chronique à l’épaule qui m’ennuyait depuis pas mal de temps.

Je reviens, à nouveau, à des asanas de base, que je pratique en fonction du type de corps que j’ai. Pour moi, le yoga c’est plus que jamais cultiver la conscience du corps dans le moment et ne pas chercher à lui imposer un asana « de l’extérieur ». Toujours observer ce qui se passe en soi à chaque posture, garder le contact avec la respiration. Après tout, Patanjali parle bien de « Sthira Sukham Asanam », c’est-à-dire d’une posture stable et confortable, pas de la nécessité de s’étirer dans tous les sens, au risque de perdre sa cohésion corporelle et de faire apparaître des douleurs !