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Routines ou rituels ?

Sur les blogs et les réseaux, on entend de plus en plus parler de « routine » : routine de beauté, routine d’été/d’hiver, routine du matin (dans la veine « Miracle morning ») / du soir, etc.

J’ai bien l’impression que ce soit un anglicisme car initialement la routine en français, si j’en crois monsieur Larousse, ça veut quand même dire : « Habitude mécanique, irréfléchie, et qui résulte d’une succession d’actions répétées sans cesse », voire « Ensemble bien établi d’habitudes qui crée un état d’apathie, une absence d’innovation ». Bref, ça ne fait pas rêver ! Donc si j’ai bien compris, aujourd’hui on parle de routine(s) quand on parlait hier d’habitudes positives.

En effet, ces nouvelles routines sont souvent présentées sous leur aspect positif, permettant de maintenir une bonne hygiène de vie, permettant également d’ancrer sa journée dans le terreau fertile d’une matinée bien menée, et ce, dès le lever. Dans les traditions spirituelles, il est d’ailleurs souvent conseillé de se lever tôt, voire très tôt dans la tradition indienne, afin de profiter des bonnes ondes pendant l’heure de Brahma, « Brahma muhurta », entre 4 et 6 heures du matin, soit avant le lever du soleil qui se lève là-bas de bonne heure toute l’année.

Rituels

Nombreuses sont les personnes qui semblent s’être mises à la méditation, au yoga, aux soins naturels, aux exercices énergétiques (ou est-ce l’effet grossissant des réseaux ?), mais j’ai parfois l’impression que ces personnes sont en quête de quelque chose, souvent peut-être d’un apaisement du mental qui va au-delà de l’intention apparente. Il se peut cependant que les nouvelles habitudes et autres routines ne suffiront pas à atteindre ce but (et peuvent même créer des tensions et de la culpabilité supplémentaires quand elles ne sont pas complètement adaptées à la personne) si elles ne sont pas accomplies avec conscience. La présence à soi et la présence à ce qu’on fait, c’est ça qui me semble être la clé. J’en avais déjà parlé ici et , car c’est un sujet qui me tient vraiment à cœur.

En fait, il s’agirait de transformer les routines en rituels, en prenant ce terme dans sa pleine acception. Le rituel est ce qui nous permet de rester reliés, reliés à soi, mais aussi à plus grand que soi. Le rituel se doit d’être plein de sens et il est propre à chacun. Certains débuteront leur séance de yoga avec des prières ou des mantras, certaines resteront les mains posées sur leur visage après les soins, en signe de gratitude, d’autres encore allumeront une bougie ou un bâtonnet d’encens avant de s’asseoir quelques instants en méditation, les exemples sont infinis… !

A mes yeux, ce sont ces rituels quotidiens qui donnent leur saveur à notre quotidien. Là où il y a de la présence, il y a de l’amour ; là où il y a de l’amour, tout semble chaque jour nouveau et la « routine » disparaît alors. Magique, non ?

Se blesser en yoga? (1)

Il y a quelques mois, j’ai commencé à vouloir « approfondir » ma pratique de yoga. Je ne sais pas si c’est l’influence d’Instagram auquel je me suis abonnée assez récemment (je ne suis abonnée à aucun compte de yoga, mais on ne peut s’empêcher d’aller y jeter un coup d’œil quand même, hein !…) ou juste l’envie de réveiller un peu ma pratique yogique que je percevais comme étant un peu routinière, mais soudain, j’ai eu envie d’aller plus profond dans les poses, de les garder plus longtemps, d’essayer d’autres asanas.

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Et puis j’ai commencé à avoir des douleurs vraiment intenses dans le cou, les épaules et le haut du dos. J’ai mis tout ça sur le compte de mon travail sur écran en open-space (et la tension inévitable générée par ces conditions de travail), etc. jusqu’à ce que me vienne l’intuition que c’était peut-être dû à mes expérimentations. Je m’étirais plus longtemps, plus profondément, je m’écoutais finalement moins qu’avant. Je faisais également des étirements dans la journée, au niveau des épaules, des bras… J’avais l’impression que plus je m’étirais, plus c’était bénéfique et que c’est ce qu’il fallait faire. Jusqu’à ce que je commence à faire des recherches sur les blessures qui peuvent résulter d’une pratique du yoga inadaptée (on a l’impression que c’est encore un peu tabou en France alors que le débat est clairement ouvert aux États-Unis depuis quelques années déjà), jusqu’à ce que je tombe sur le travail de Michaelle Edwards et son site YogAlign.

Pour être honnête, par manque de temps, je ne l’ai pas vraiment exploré en détails, j’ai plutôt tout de suite acheté son livre que je suis en train de parcourir. Ce qui m’a convaincue, c’est que je suis tombée sur certaines références à son travail, sur certaines des réponses qu’elle apportait dans des forums qui ont tout de suite résonné en moi.

En gros, et je n’en suis qu’au début de l’exploration de ces nouvelles données (désolée si ce que j’écris est évident, mais il m’a fallu un long chemin pour en arriver là 😉 !), si on est comme moi hyperlaxe de certaines articulations, il convient non pas de s’étirer encore plus, mais au contraire de stabiliser l’articulation de façon favoriser un bon fonctionnement de celle-ci.

Si on s’étire trop, si on descend trop profondément dans certaines postures comme les fentes avant, on risque de finalement juste peser sur les ligaments et l’articulation n’est plus tenue, ce qui conduit à moins de cohésion squelettale. J’ai arrêté de bloquer mes genoux en extension, de vouloir à tout prix poser mon talon au sol si ça se faisait pas naturellement, de vouloir faire des rotations de mes épaules en Adho Mukha svanasana par exemple. Assez rapidement, mes douleurs ont disparu, même cette tendinite chronique à l’épaule qui m’ennuyait depuis pas mal de temps.

Je reviens, à nouveau, à des asanas de base, que je pratique en fonction du type de corps que j’ai. Pour moi, le yoga c’est plus que jamais cultiver la conscience du corps dans le moment et ne pas chercher à lui imposer un asana « de l’extérieur ». Toujours observer ce qui se passe en soi à chaque posture, garder le contact avec la respiration. Après tout, Patanjali parle bien de « Sthira Sukham Asanam », c’est-à-dire d’une posture stable et confortable, pas de la nécessité de s’étirer dans tous les sens, au risque de perdre sa cohésion corporelle et de faire apparaître des douleurs !

Un autel chez soi

Je m’apprêtais à poser mon sac sur une petite table à l’entrée de sa chambre, quand Laura m’a dit : « Non, pas là ! c’est mon autel ». Nous résidions toutes les deux chez une famille dans une petite ville du sud de l’Inde. C’était il y a plus de 15 ans et c’est avec elle que j’ai (re)découvert l’idée d’avoir un autel personnel dans son lieu de vie. (Je me rends compte a posteriori que ma grand-mère paternelle, fervente catholique, avait elle aussi son autel personnel : près de son lit, sur sa commode, un tissu sur lequel étaient posés des représentations de la Vierge et de Jésus, des bougies et son rosaire.) Canadienne, poétesse et inspirée par les traditions amérindiennes, il y avait sur la petite table de Laura des fagots de sauge, des bougies et des plumes et c’est devant ces objets ayant une profonde importance symbolique à ses yeux qu’elle méditait chaque jour.

Lorsque je suis rentrée d’Inde et que j’ai eu retrouvé un appartement, j’ai également installé mon autel, à l’intérieur peint en orange (!) d’une cheminée inutilisable. Tous les matins, après avoir allumé un bâton d’encens (ce que je ne conseille pas du tout avec le recul !), je m’asseyais pour ma « méditation ». C’était un petit espace dans mon appartement qui était comme un petit temple personnel et qui a intrigué pas mal de monde au fil des ans, puisqu’il était installé dans le salon de mon petit deux-pièces.

En Inde, il est très courant pour les familles hindoues d’avoir une « puja room ». Dans les familles riches, c’est parfois quasiment comme un vrai temple intérieur avec force marbre et colonnades, mais le plus souvent c’est un tout petit espace, une petite pièce de 2 ou 3 mètres carré, voire l’intérieur d’un meuble qu’on ouvre pour faire ses dévotions du matin et du soir. Dans cet espace, les familles y mettent en première place leur déité d’élection (Krishna, Lakshmi, Shiva, Kali…) ou leur maître spirituel, souvent orné d’une guirlande de fleurs fraîches ou en tissu et entouré(e) de nombreuses autres représentations, d’encens et d’objets dévotionnels pour faire les pujas (rituels).

Il m’est parfois arrivé d’assister à ces rituels quotidiens qui sont le plus souvent effectués par la ou les femme(s) de la maison : offrandes d’encens et de fleurs, récitations de mantras, chants dévotionnels, méditation… À chacun de trouver ce qui lui permet le mieux de se relier au divin, quelle que soit la forme qu’il/elle ait pour nous. Parfois ce rituel ne dure que dix minutes, parfois c’est quasiment deux heures. Puisque c’est personnel, il n’y a absolument aucune règle et c’est ça qui en fait la magie. C’est un espace de recueillement où l’on peut se déposer, se déposer en soi-même et se déposer aux pieds du divin. C’est un espace de ressourcement personnel qui nous permet de garder notre spiritualité vivante.

Amma_aut - Copie

Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir une pièce entière de la maison dédiée aux pratiques spirituelles. Mon tapis de yoga y est aussi, toujours déroulé pour pouvoir accueillir à tout moment mes envies d’asanas. J’y ai également ma collection de livres d’Amma dont je lis un extrait chaque jour et aussi un autel qui est beaucoup plus grand et beau (à mes yeux) que celui que j’avais auparavant. Photos, cloches, fleurs, bougies, statues, cristaux, j’y mets tout ce qui m’inspire et me relie à l’essentiel. Chaque matin, je m’assois pour la méditation ; le soir, pour des chants ou du yoga. C’est un espace essentiel dans la maison, même si je ne peux pas le montrer à tout le monde.

C’est encore assez rare d’avoir ce genre d’endroit dans une maison française, mais je sais que ça se développe dans le monde entier. Il suffit de parcourir #altar, #crystals, etc. sur Instagram. On y voit des autels hindous, bouddhistes, païens, catholiques… tout ce qu’on veut et dont on peut s’inspirer si on le souhaite. Je trouve qu’avoir un endroit comme ça chez soi, si petit soit-il, apporte une autre dimension à notre lieu de vie. Cela cultive la verticalité dans la vie quotidienne. C’est un lieu précieux qui nous ramène à l’essentiel.

Pleurer en cours de yoga ?

Il arrive parfois à ceux qui débutent le yoga (et même à ceux qui le pratiquent depuis longtemps mais qui essaient un nouveau cours/technique/prof) de soudain, pendant le cours ou juste après, de sentir les larmes monter.

Pourquoi ces larmes alors qu’on ressent le plus souvent tellement de bien-être physique ?

Il s’agit simplement pour moi d’un processus naturel de libération émotionnelle.

En effet, toutes les émotions, les stress, les colères et les tristesses que nous ressentons finissent par se fixer dans le corps si nous ne prenons pas soin de les libérer au fur et à mesure, par la pratique d’une activité physique régulière, par la parole, par la création (dessin, musique, peinture…). C’est à chacun de trouver ce qu’il lui convient le mieux.

De mon côté, je sais que le yoga que je pratique depuis 20 ans m’a toujours beaucoup aidée. Ce que j’aime dans cette pratique, c’est qu’elle est complètement adaptable à notre humeur du jour : on peut en faire 5 ou 45 minutes, de façon dynamique ou très douce, en silence ou en groupe, dedans ou dehors et surtout, elle travaille sur tous les corps (physique, émotionnel, énergétique). Grâce à toutes les postures qu’on apprend au fil des années, on peut travailler sur telle ou telle partie du corps selon nos besoins ; il existe des postures pour décontracter les épaules, dégager le sternum, faciliter la digestion, ouvrir les hanches, etc. Quand on fait des inversions, on fait parvenir du sang frais au cerveau qui nous rafraîchit l’esprit en nous oxygénant, quand on fait des torsions, c’est comme si on « essorait » nos organes internes, ce qui leur permet de se détoxiner plus facilement. Quand on s’exerce à rester en équilibre dans la posture de l’arbre, on permet au mental de s’apaiser et donc à nos émotions de se stabiliser.

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Quand on pratique une posture de yoga, l’important n’est pas de la faire parfaitement, comme les filles de 22 ans profs de yoga hyperlaxes/vegan/californiennes à Bali des comptes Instagram à la mode, mais respecter son corps dans le moment. On se familiarise avec la frontière entre douleur et sensation, on apprend à écouter son corps mais aussi à observer ses émotions. Rester concentré dans la posture (c’est-à-dire parvenir à garder son cap) tout en étant dans la détente, ce n’est pas si facile que ça, mais chaque séance de yoga nous permet de progresser dans cette voie.

C’est la variété des postures qui donne au yoga toute sa richesse. Mon professeur d’Ayurveda et de yoga, le Dr. Vasant Lad nous disait toujours que l’important était « to move the issues through the tissues » (en gros, de faire bouger nos problèmes/émotions à travers nos couches physiques), l’idée étant de conserver un état de fluidité corporelle et émotionnelle nous permettant de naviguer dans notre vie avec le plus d’aisance possible.

Beaucoup connaissent les relations organes-émotions qui ont été établies dans la médecine traditionnelle chinoise : les poumons sont liés à la tristesse, le foie à la colère, etc. Les émotions négatives finissent par « s’accrocher » à divers endroits dans le corps en fonctions de nos dispositions naturelles : certaines vont avoir « une boule à l’estomac », les autres une sensation d’oppression dans la poitrine, d’autres encore les épaules bloquées et/ou des maux de tête à répétition. Si l’on pratique régulièrement le yoga, on parvient à grandement limiter le « stockage » d’émotions négatives dans le corps. C’est l’une des raisons pour lesquelles cette activité physique est si puissante pour conserver souplesse physique et mentale et donc bonne santé.