Archives du mot-clé spiritualité

Un itinéraire avec Amma – livre-témoignage

Après des mois d’écriture où je me suis sentie portée par la grâce et des semaines de montagnes russes émotionnelles liées aux questions de mise en page, IBSN, dépôt légal, corrections, etc. dont on doit s’occuper soi-même quand on choisit l’auto-édition – et ce sera sans doute l’objet d’un article prochain -, le livre dont j’avais fait une mention rapide par ici est à présent disponible en ligne:

https://www.thebookedition.com/fr/un-itineraire-avec-amma-p-381021.html

Celles et ceux qui ont déjà rencontré Amma (Shri Mata Amritanandamayi Devi) y retrouveront plein de moments bénis, que ce soit en France ou en Inde, dans son ashram d’Amritapuri dans le Kérala ou lors des tours de l’Inde, les autres découvriront peut-être plein de choses sur le chemin spirituel tel qu’il peut être vécu aujourd’hui, quand on est occidentale et qu’on vit « dans le monde ».

Tous les bénéfices sont reversés à ETW, l’association caritative internationale d’Amma, qui œuvre dans le monde entier.


Voyage à l’ancienne

Longtemps j’ai envié les personnes qui avaient découvert l’Asie et en particulier l’Inde dans les années 70. Ils avaient peut-être rêvé devant l’Inde Fantôme, le film mythique de Louis Malle (tapez Phantom India dans YT) ou assisté aux conférences et projections des films d’Arnaud Desjardins, Ashrams, Le Message des Tibétains, Himalaya, le lac des Yogis, Zen…, alors réalisateur de documentaires avant de devenir le maître spirituel que l’on connaît. Ces films magnifiques, dont on trouve également des extraits sur YT ont inspiré un nombre non négligeable de personnes, et notamment de français à « prendre la route », pour aller à la rencontre de l’Inde, de sa culture, de ses traditions, de ses maîtres.

Longtemps j’ai envié ceux et celles qui partaient sans date de retour, pour de longs mois de découvertes, d’aventures et souvent d’errance. L’Inde est un pays unique où il était facile de se perdre physiquement et… psychiquement. Il n’y a qu’à lire le livre de Régis Airault, Fous de l’Inde. Délires d’occidentaux et sentiment océanique pour s’en convaincre. Le voyage en Inde nous défait de toutes nos illusions, de celles que nous avions sur nous-même, de celles que nous avions sur le monde. Pour peu que la découverte intérieure nous motive, nous en reviendrons avec moins de certitudes, et donc avec plus de maturité.

Varanasi

Il me semble qu’aujourd’hui, avec internet, les téléphones, les réseaux sociaux, la découverte n’est plus la même. Les rapports entre les personnes en ont été modifiés. La rencontre avec l’autre ne se fait plus en toute innocence. Les Indiens sont hyper connectés. La moyenne d’âge dans ce pays est de 27 ans! Il change à toute allure et les personnes sont passées directement au smartphone sans passer par le téléphone fixe. Une ouverture sur le monde évidemment, mais aussi à mes yeux une grosse machine à broyer les particularismes et à attiser les jalousies.

Aujourd’hui, nous savons à l’avance ce que nous verrons, à quoi plus ou moins nous attendre ; nous sommes beaucoup plus informés que ceux qui partaient sans rien connaître du pays à l’avance, si ce n’est quelques images glanées ici ou là dans les livres, les films et les musées. J’imagine qu’ils partaient souvent avec des images mythiques de yogis et de fakirs, de cobras, de temples et de paysages de plaines balayées par la poussière d’avant la mousson. Le voyage était éprouvant, surtout pour ceux qui partaient par la route comme l’avaient fait la première fois Arnaud et Denise Desjardins en 1959. Comme j’ai rêvé en lisant La Route et le chemin de Denise Desjardins, La Piste de Madhuri, ou encore L’Inde ici et maintenant de Jean Biès !

Fatehpur Sikri

Et puis tout récemment, je me suis rendu compte qu’à moi aussi il m’avait été donné de voyager quasiment de la même façon. Quand je suis allée en Inde la première fois, c’était au début de l’année 2001. J’étais en voyage de plusieurs mois en Asie du Sud-Est et c’est sur un coup de tête que nous avons atterri à Calcutta, sans aucune préparation, sans guide, sans carte, sans téléphone. Lorsque j’y suis retournée seule fin 2002, j’avais décidé d’y séjourner 6 mois. Là encore, pas de carte, pas de téléphone, très peu d’internet. J’allais de temps à autre dans un « café internet » (est-ce que ça existe encore ces lieux-là ??) pour envoyer un message à mes parents et des messages groupés aux amis à Paris. Les coupures d’électricité constantes et le débit extrêmement bas me poussaient à une grande concision! Pour guide, j’avais un vieux Lonely Planet trouvé en chemin.

Pas de plan, pas d’itinéraire, aucun contact sur place, aucune lecture en amont… Une seule adresse pour débuter, l’ashram Shivananda de Neyyar Dam près de Trivandrum où je ne suis finalement restée que 3 jours. J’étais en errance, je ne savais pas où j’allais. Je ne connaissais personne qui était allé en Inde et je n’avais reçu aucun conseil (mais entendu des histoires abominables, ça oui!), aucune recommandation. Aucun but, aucune « case à cocher », aucune attente consciente, et c’est ce qui a fait la richesse de ce deuxième voyage, le premier d’une longue série…

Finalement, j’ai voyagé comme les « anciens ». Au gré des rencontres, des indications données sur un bout de papier, des intuitions, des saisons, des horaires de train. Une Italienne vivant en Inde depuis des années rencontrée à une gare routière de Mysore et hop ! en route pour Badami, Bellur et Halebid et leurs temples majestueux, des lieux dont je n’avais pas même entendu parler jusqu’à cette rencontre. Un américain d’origine japonaise rencontré dans les ruines de Hampi et nous voilà quelques jours plus tard devant le Taj Mahal, puis à une retraite en silence Vipassana… Une soufie rencontrée dans un ashram et nous voilà à participer à un Dhikr dans la vieille ville de Delhi, avant de se retrouver quelques jours plus tard à chanter avec les Hare Krishna à Vindravan…

L’Inde m’a transformée. Sans même évoquer ma rencontre avec Amma dans son ashram d’Amritapuri un jour de 2002, qui est l’événement le plus important de cette vie, j’ai eu la chance de découvrir des endroits incroyables, de faire des rencontres et des expériences qui m’ont métamorphosée… de trouver ma voie spirituelle. Pour moi le vrai voyage, c’est ça : la possibilité de partir plusieurs mois sans but à atteindre sauf celui de la découverte extérieure et intérieure. Je me sens véritablement bénie d’avoir eu la possibilité de découvrir ce pays extraordinaire avant les smartphones et les réseaux, avant l’uniformisation inéluctable des modes de vie… C’était il y a presque 20 ans seulement, une autre époque.

Rester assis en soi

Je ne sais pas si c’est l’âge ou quoi, mais de plus en plus, j’ai besoin d’une pause. Pas d’une pause clope, café ou télé. Non, juste une pause sans rien faire, le temps de sentir la vie circuler en moi, le temps de sentir battre mon cœur, l’inspir et l’expir, la densité du corps et en même temps sa lumière.

Vaguement allongée sur le canapé, recouverte d’un châle en laine pour me garder au chaud, je prends maintenant régulièrement le temps de ne rien faire pendant 10-20 minutes, dans le silence. Sans être véritablement de la méditation, c’est un temps de reconnexion, d’assise en soi-même qui permet de se reconnecter à soi en dehors des obligations sociales, familiales, professionnelles, qui permet de mieux se connaître, de se recentrer, sans aucun but véritable, sans productivité.

Claudia Welch, dont j’ai beaucoup parlé par ici et par sur ce blog nous disait qu’elle voyait, en consultation et lors des stages qu’elle anime, un nombre incalculable de femmes qui étaient incapables de s’arrêter, de se retrouver avec elles-mêmes, en elles-mêmes, même pour quelques instants. Comme si elles étaient constamment sous l’œil d’une caméra qui les filmait et qui enregistrait toutes leurs actions.

sdr

Incapables de s’asseoir un instant sans prendre le tel, un livre, la tablette ou une revue. Comme si on devait constamment rendre des comptes (… à qui?), être productif (… dans quel but?) Tout cela traduit malheureusement à mes yeux une incapacité à rester en soi-même, avec soi-même, à être à l’aise avec qui l’on est. L’attention constamment captée par les objets des sens, on passe ainsi à côté de soi tout en ayant eu l’impression de remplir sa vie.

C’est l’un des spectres de l’horreur personnels, cette idée qu’il est possible de passer à côté de soi, de son incarnation, de cette « précieuse vie humaine » comme disent les bouddhistes et les hindous. On voit tellement de personnes distraites, qui oublient leurs affaires partout, qui se cognent aux objets, qui renversent leur tasse trois fois par jour (j’exagère à peine), qui constamment passent du coq à l’âne… Prenons-nous assez le temps de rester assis en nous-mêmes, de ralentir pour sentir la vie en nous, le palpitement de nos cellules et la joie dans nos cœurs ? Si nous ne nourrissons pas en nous cette capacité, comment ferons-nous le jour où nous serons malade, affaibli.e, très âgé.e ?

Je sais malgré tout que les difficultés rencontrées par beaucoup sont dues au fait qu’elles ne sont pas en amitié avec elles-mêmes, avec leur histoire de vie, leur part d’ombre, que les possibles traumas subits dans le passé n’ont pas été purifiés. C’est pourquoi il me semble si important de commencer un travail sur soi-même. C’est finalement ce qui nous est demandé dans cette vie, de surmonter les difficultés, d’avancer, pour pouvoir être bien avec soi-même pour être bien avec les autres… avant d’approfondir encore pour pouvoir enfin aller à la rencontre du Soi… mais c’est là une toute autre histoire.

Routines ou rituels ?

Sur les blogs et les réseaux, on entend de plus en plus parler de « routine » : routine de beauté, routine d’été/d’hiver, routine du matin (dans la veine « Miracle morning ») / du soir, etc.

J’ai bien l’impression que ce soit un anglicisme car initialement la routine en français, si j’en crois monsieur Larousse, ça veut quand même dire : « Habitude mécanique, irréfléchie, et qui résulte d’une succession d’actions répétées sans cesse », voire « Ensemble bien établi d’habitudes qui crée un état d’apathie, une absence d’innovation ». Bref, ça ne fait pas rêver ! Donc si j’ai bien compris, aujourd’hui on parle de routine(s) quand on parlait hier d’habitudes positives.

En effet, ces nouvelles routines sont souvent présentées sous leur aspect positif, permettant de maintenir une bonne hygiène de vie, permettant également d’ancrer sa journée dans le terreau fertile d’une matinée bien menée, et ce, dès le lever. Dans les traditions spirituelles, il est d’ailleurs souvent conseillé de se lever tôt, voire très tôt dans la tradition indienne, afin de profiter des bonnes ondes pendant l’heure de Brahma, « Brahma muhurta », entre 4 et 6 heures du matin, soit avant le lever du soleil qui se lève là-bas de bonne heure toute l’année.

Rituels

Nombreuses sont les personnes qui semblent s’être mises à la méditation, au yoga, aux soins naturels, aux exercices énergétiques (ou est-ce l’effet grossissant des réseaux ?), mais j’ai parfois l’impression que ces personnes sont en quête de quelque chose, souvent peut-être d’un apaisement du mental qui va au-delà de l’intention apparente. Il se peut cependant que les nouvelles habitudes et autres routines ne suffiront pas à atteindre ce but (et peuvent même créer des tensions et de la culpabilité supplémentaires quand elles ne sont pas complètement adaptées à la personne) si elles ne sont pas accomplies avec conscience. La présence à soi et la présence à ce qu’on fait, c’est ça qui me semble être la clé. J’en avais déjà parlé ici et , car c’est un sujet qui me tient vraiment à cœur.

En fait, il s’agirait de transformer les routines en rituels, en prenant ce terme dans sa pleine acception. Le rituel est ce qui nous permet de rester reliés, reliés à soi, mais aussi à plus grand que soi. Le rituel se doit d’être plein de sens et il est propre à chacun. Certains débuteront leur séance de yoga avec des prières ou des mantras, certaines resteront les mains posées sur leur visage après les soins, en signe de gratitude, d’autres encore allumeront une bougie ou un bâtonnet d’encens avant de s’asseoir quelques instants en méditation, les exemples sont infinis… !

A mes yeux, ce sont ces rituels quotidiens qui donnent leur saveur à notre quotidien. Là où il y a de la présence, il y a de l’amour ; là où il y a de l’amour, tout semble chaque jour nouveau et la « routine » disparaît alors. Magique, non ?