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La vie intérieure

Plus ça va, plus le plus important à mes yeux est cette vie intérieure, cette vie en dedans qui se déploie, cachée, tapie. La vie spirituelle. En spirales, en tourbillons, en catimini, en longues nappes calmes parfois, des plateaux pendant lesquels on reprend son souffle, avant qu’une couche plus profonde de compréhension ou de nœuds à dénouer ne se présente.

J’ai la chance d’appartenir à une communauté spirituelle forte et soudée. C’est pour moi plus important que tout. Les maîtres spirituels nous le répètent constamment : le premier devoir, le premier dharma en cette précieuse vie humaine est de réaliser le Soi. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire découvrir et s’établir dans notre véritable nature, celle qui n’est que Satchidananda, être-conscience-béatitude. Un très long processus, qui s’étend sur de nombreuses vies…

A mes yeux, « réussir sa vie », au sens où on l’entend dans nos sociétés, ce n’est donc pas avoir une carrière géniale (mais souvent bourrée de stress), avoir une famille, des enfants, voyager dans le monde entier, avoir une maison/piscine/grosse voiture, mais bien d’avoir eu le goût et la possibilité d’approfondir le sens et la nature de cette vie humaine qui nous est donnée (ou plutôt dans laquelle notre karma nous a propulsés). Dans le bouddhisme et l’hindouisme, il est dit très clairement que la vie humaine est un cadeau inestimable ; il est important d’en avoir conscience et de diriger sa vie selon les principes éternels de l’amour, la compassion, la patience, la non-violence, la joie, le respect…

Ariège

Je peux dire que dans mon propre parcours, la rencontre avec l’Inde et surtout avec Amma a été comme une seconde naissance. J’ai du jour au lendemain découvert tout un monde qui semblait régi par des valeurs et une énergie totalement différente (et souvent à l’opposé) de celle qui me semble régir nos sociétés. Un monde où le travail sur soi va de pair avec l’ouverture aux autres, où la joie et la lumière est toujours présente, même dans les moments difficiles, où la vie a un sens.

Souvent je me demande comment font les personnes qui n’ont pas la foi, qui n’ont pas ce goût de la vie intérieure, pour lesquelles un moment de silence est un moment mort. A quoi se raccrochent-elles ? Souvent à leurs enfants, leurs proches, leur travail. Mais tout ceci est impermanent. Qu’est-ce que qui donne vraiment un sens à leur vie quand les enfants sont partis, les petits-enfants loin, le travail perdu ou la retraite arrivée, la santé en berne ?

Quand on voit l’état du monde, comment ne pas sombrer dans le désespoir quand on ne vit qu’en surface ? Je vois l’exemple de certains de mes proches et ces questions me préoccupent. Comment faire prendre le goût de la vie intérieure à ceux qu’on aime et qu’on voit errer émotionnellement et spirituellement ? Est-ce d’ailleurs une question de goût, de temps, de culture, de karma ? J’ai bien l’impression qu’on n’y vient que par soi-même et que les autres ne jouent qu’un rôle très secondaire dans ce processus. Qu’en pensez-vous ?

Pleine conscience ménagère

L’autre jour, j’ai pris le café avec mes collègues. Ça m’arrive rarement ; je préfère profiter du tout début de journée pour faire un tour sur internet, regarder les nouvelles du jour et prendre le temps de commencer à mon rythme. Mais les mois d’été aidant, l’activité est au ralentit et les journées peuvent être longues au bureau. C’est finalement un bon moment pour nouer des liens plus étroits avec les autres collègues désœuvrés.

Après les enfants, la conversation a dérivé sur les recettes de cuisine et le ménage. A chacune de faire une remarque sur son rapport à ces activités nécessaires à notre quotidien. Une collègue a mentionné qu’elle avait vu un reportage où une personne proposait de faire faire le ménage à d’autres pour qu’ils se détendent. Alors j’ai remarqué : « Bah oui, dans les monastères zen et chrétiens (je ne suis pas allée jusqu’à mentionner les ashrams!), il y a toujours quelques heures dans la journée qui sont dédiées au travail quotidien nécessaire à la marche de la maison et généralement il est conseillé d’effectuer ces tâches avec vigilance, voire dans le même état méditatif que pendant les heures de méditation formelle… » (sans le ton sentencieux). Quand j’ai ajouté que faire le ménage ne me dérangeait pas du tout, qu’il fallait seulement le faire avec conscience, j’ai vu plusieurs paires d’yeux se braquer sur moi et j’ai entendu très fort la question silencieuse : « Mais de quoi elle parle ? »

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Habituée des milieux « yoguicospiritueloécolos », je suis toujours étonnée quand quelqu’un ne sait pas de quoi je parle quand je mentionne la pleine conscience. J’imaginais pourtant que c’était passé dans le langage courant…. Bref, pour en revenir au sujet de cet article, faire les tâches quotidiennes en pleine conscience, ça a plein d’avantages !

Ça nous permet de bouger, ce qui est toujours bien pour rester dans le corps et rester centré, surtout pour celles et ceux d’entre nous qui ont une vague tendance à l’anxiété. La pleine conscience, justement en nous permettant de rester conscient de nos actions, nous permet de mieux les réaliser (et donc d’en dériver un sentiment de satisfaction bien agréable) et nous aide également à rester dans le moment.

Rester dans le présent, ça paraît simple, mais notre mental a tellement tendance à divaguer, à errer entre projets, regrets, élaborations imaginaires, rêves, souvenirs, listes de courses, listes de choses à faire, etc. qu’on peut rapidement passer à côté de ce qu’on est en train de vivre dans le « maintenant ». Après tout, comme le dit Amma, le passé est comme un chèque annulé et le futur n’existe pas. Seul le présent est entre nos mains. Si nous passons chaque instant dans notre monde mental, nous passons à côté de lui et nous finissons, en gros, par passer à côté de notre vie. Tous les maîtres spirituels nous le rappellent de diverses façons.

Les actes de la vie quotidienne que sont le ménage, les lessives, la préparation des repas, le jardinage, etc, sont des occasions en or de nous mettre à distance de notre mental. On voit nos résistances et nos agacements, notre impatience et potentiellement notre frustration. De mon côté, j’ai très vite appris à changer mon regard sur ces tâches domestiques. Puisqu’elles sont obligatoires (à moins de se payer les services d’une personne), autant les rendre joyeuses et les inclure à ma pratique spirituelle. C’est l’une des choses que la vie en ashram m’a enseignées. Et puis avoir ces tâches à faire, ça signifie aussi qu’on a un logement/des vêtements/de la nourriture, ce qui n’est malheureusement pas le cas de tout le monde sur Terre. Il est donc possible de les faire avec un sentiment de gratitude qui les rends plus légères, voire joyeuses (OK, ça dépend des jours quand même).

Pour ceux qui ont un maître spirituel cher à leur cœur (attention, niveau 3), j’ai une technique infaillible : celle d’imaginer que ce dernier ou cette dernière va vous rendre visite. Automatiquement, je souhaite que la maison soit propre, que la nourriture soit préparée en conscience, que le linge soit plié et rangé, que tout soit en ordre et harmonieux. Pour moi, il ne s’agit pas de se transformer en fée du logis (quoique, chacun est libre !) mais plutôt de créer des ponts entre mes pratiques spirituelles « formelles » du matin et le reste de la journée, ce qui m’aide beaucoup à apaiser le mental. Du coup, je n’entre presque plus en résistance envers ces « corvées » qui deviennent des occasions supplémentaires de pratiquer. Et vous avez-vous des techniques pour rendre ces activités plus enrichissantes ?

Chemin spirituel et travail psychologique

« Une chenille abîmée ne peut pas devenir un beau papillon », nous disent les maîtres spirituels.

Sur le chemin spirituel de la tradition que je suis, il s’agit de détruire l’ego afin que notre vraie nature de pure existence-conscience-béatitude (satchidananda) soit révélée, mais avant de détruire l’ego il semble bien que nous devions d’abord avoir un ego bien construit et sain.

En effet, comment survivre aux rigueurs de la voie spirituelle si nous sommes constamment assaillis par le souvenir de traumas anciens, si nous vivons constamment cachés derrière les systèmes de défense que nous avons érigés au fil des années? Comment rester ouvert aux enseignements et au changement quand on reste malgré nous arqueboutés dans notre souffrance?

La voie spirituelle requiert un esprit d’ouverture qui recherche et accepte la transformation de soi-même; pour qu’elle porte ses fruits, il est nécessaire de rester poreux tout en conservant son discernement. C’est une école du détachement.

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Il arrive souvent que nos expériences de vie nous laissent cadenassés en nous-même. Nous ne pouvons pas nous déployer comme un grand arbre qui puise dans l’énergie de la voie pour se déployer ensuite et donner ombre, fruits et bois aux autres. Nous restons recroquevillés en nous-même, nous regardant de l’extérieur, le mental perturbé par des jugements négatifs, du dégoût ou du dépit envers nous-mêmes et donc envers les autres.

Bien sûr, cette attitude peut ne s’exercer que pour certains aspects de notre personnalité, mais il arrive que nous croisions des personnes qui soient tellement en souffrance qu’on ne voit pas comment elles pourraient parvenir à s’ouvrir d’elles-mêmes.

C’est là qu’il est important, je trouve, de prendre ses responsabilités et de se mettre en quête d’une personne qui pourra nous aider. Bien sûr, il faut d’abord avoir pris conscience de nos blocages et surtout être arrivé au point où on se dit : « Ce n’est plus possible, je ne peux continuer comme ça! » Cette phase est essentielle pour qu’un vrai travail puisse débuter.

Il ne suffit généralement pas que l’incitation vienne de l’extérieur, il faut que ça vienne de nous-même. Les autres peuvent nous aider, nous accompagner, nous inspirer, mais ultimement, c’est à nous de faire le travail et nous sommes, tous, seuls sur le chemin vers l’éveil même s’il est important de prendre conscience que nous sommes tous soutenus par les maîtres, bien que ce soit de façon subtile pour la très grande majorité d’entre nous.

Spiritualité(s)

J’ai une conscience de plus en plus aiguë de l’impermanence. Tout est en constant changement/mouvement/flux. Un jour on se sent en forme dès le matin, le lendemain on n’arrive pas à émerger; un jour on est en très bonne santé, le lendemain le dermato nous apprend qu’on a un cancer de la peau (je me permets de prendre cet exemple, car c’est ce qui m’est arrivé plus tôt cette année, au visage); un jour le pays est en paix, le lendemain il pleure ses morts; un jour notre vie est paisible, le lendemain notre compagnon nous annonce qu’il nous quitte… Cette impermanence est la seule « constante » qui existe.

Cette idée est chère aux bouddhistes et aux hindouistes et nous incite à cultiver le détachement, par rapport aux événements mais également par rapport à nos propres pensées. Notre mental est comparé dans la tradition indienne à un jeune singe qui constamment saute d’arbre en arbre – certains ajoutent qu’il est même saoul!. Les maîtres spirituels nous le disent à leur tour: si notre mental pouvait se voir attribuer des « miles », il serait au top du statut des frequent flyers!

En un instant, on peut passer d’un souvenir de notre enfance à une rêverie sur le futur, de New Delhi à Albuquerque, d’une angoisse soudaine par rapport à un coup de fil pro délicat à un sentiment de légèreté en pensant au vaste univers dans lequel est suspendue notre petite Terre…

Comment, dans ces conditions, réussir à maintenir notre équilibre, notre centre? Pour certains personnes, il s’agira de penser à sa famille, d’autres se concentrent sur leur travail, d’autres encore se donnent à fond dans un sport ou une association caritative. De mon côté, ce qui m’apporte équilibre et force, c’est la spiritualité. C’est quelque chose qui ne pourra jamais m’être enlevé par les circonstances extérieures. C’est un aspect de ma vie qui est le plus souvent inconnu des personnes que je côtoie dans ma vie quotidienne, mais qui m’apporte une stabilité qui est apparemment de plus en plus visible.

Il a quelques années j’avais des périodes où je me sentais déconnectée de ma spiritualité et ces moments étaient toujours difficiles. Aujourd’hui, grâce à mes pratiques spirituelles quotidiennes, des réunions mensuelles qui se déroulent à la maison où nous méditons en groupe, des lectures, des séjours réguliers dans des centres spirituels, je parviens à maintenir ouvert ce canal qui me nourrit, me soutient et me fait avancer.

Mes grands-parents polonais catholiques, qui étaient très pratiquants tout en étant dans l’ouverture et l’accueil de l’autre, sont aujourd’hui pour moi des exemples et je regrette de n’avoir pas pu plus échanger avec eux quand ils étaient encore en vie. Je me suis embarquée sur un autre chemin, mais nous aurions eu sans doute beaucoup à échanger. Une médium m’a dit un jour qu’elle voyait à mes côtés une figure grand-maternelle. Je n’ai aucun doute que ce soit ma grand-mère qui m’accompagne encore aujourd’hui…