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Pleine conscience ménagère

L’autre jour, j’ai pris le café avec mes collègues. Ça m’arrive rarement ; je préfère profiter du tout début de journée pour faire un tour sur internet, regarder les nouvelles du jour et prendre le temps de commencer à mon rythme. Mais les mois d’été aidant, l’activité est au ralentit et les journées peuvent être longues au bureau. C’est finalement un bon moment pour nouer des liens plus étroits avec les autres collègues désœuvrés.

Après les enfants, la conversation a dérivé sur les recettes de cuisine et le ménage. A chacune de faire une remarque sur son rapport à ces activités nécessaires à notre quotidien. Une collègue a mentionné qu’elle avait vu un reportage où une personne proposait de faire faire le ménage à d’autres pour qu’ils se détendent. Alors j’ai remarqué : « Bah oui, dans les monastères zen et chrétiens (je ne suis pas allée jusqu’à mentionner les ashrams!), il y a toujours quelques heures dans la journée qui sont dédiées au travail quotidien nécessaire à la marche de la maison et généralement il est conseillé d’effectuer ces tâches avec vigilance, voire dans le même état méditatif que pendant les heures de méditation formelle… » (sans le ton sentencieux). Quand j’ai ajouté que faire le ménage ne me dérangeait pas du tout, qu’il fallait seulement le faire avec conscience, j’ai vu plusieurs paires d’yeux se braquer sur moi et j’ai entendu très fort la question silencieuse : « Mais de quoi elle parle ? »

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Habituée des milieux « yoguicospiritueloécolos », je suis toujours étonnée quand quelqu’un ne sait pas de quoi je parle quand je mentionne la pleine conscience. J’imaginais pourtant que c’était passé dans le langage courant…. Bref, pour en revenir au sujet de cet article, faire les tâches quotidiennes en pleine conscience, ça a plein d’avantages !

Ça nous permet de bouger, ce qui est toujours bien pour rester dans le corps et rester centré, surtout pour celles et ceux d’entre nous qui ont une vague tendance à l’anxiété. La pleine conscience, justement en nous permettant de rester conscient de nos actions, nous permet de mieux les réaliser (et donc d’en dériver un sentiment de satisfaction bien agréable) et nous aide également à rester dans le moment.

Rester dans le présent, ça paraît simple, mais notre mental a tellement tendance à divaguer, à errer entre projets, regrets, élaborations imaginaires, rêves, souvenirs, listes de courses, listes de choses à faire, etc. qu’on peut rapidement passer à côté de ce qu’on est en train de vivre dans le « maintenant ». Après tout, comme le dit Amma, le passé est comme un chèque annulé et le futur n’existe pas. Seul le présent est entre nos mains. Si nous passons chaque instant dans notre monde mental, nous passons à côté de lui et nous finissons, en gros, par passer à côté de notre vie. Tous les maîtres spirituels nous le rappellent de diverses façons.

Les actes de la vie quotidienne que sont le ménage, les lessives, la préparation des repas, le jardinage, etc, sont des occasions en or de nous mettre à distance de notre mental. On voit nos résistances et nos agacements, notre impatience et potentiellement notre frustration. De mon côté, j’ai très vite appris à changer mon regard sur ces tâches domestiques. Puisqu’elles sont obligatoires (à moins de se payer les services d’une personne), autant les rendre joyeuses et les inclure à ma pratique spirituelle. C’est l’une des choses que la vie en ashram m’a enseignées. Et puis avoir ces tâches à faire, ça signifie aussi qu’on a un logement/des vêtements/de la nourriture, ce qui n’est malheureusement pas le cas de tout le monde sur Terre. Il est donc possible de les faire avec un sentiment de gratitude qui les rends plus légères, voire joyeuses (OK, ça dépend des jours quand même).

Pour ceux qui ont un maître spirituel cher à leur cœur (attention, niveau 3), j’ai une technique infaillible : celle d’imaginer que ce dernier ou cette dernière va vous rendre visite. Automatiquement, je souhaite que la maison soit propre, que la nourriture soit préparée en conscience, que le linge soit plié et rangé, que tout soit en ordre et harmonieux. Pour moi, il ne s’agit pas de se transformer en fée du logis (quoique, chacun est libre !) mais plutôt de créer des ponts entre mes pratiques spirituelles « formelles » du matin et le reste de la journée, ce qui m’aide beaucoup à apaiser le mental. Du coup, je n’entre presque plus en résistance envers ces « corvées » qui deviennent des occasions supplémentaires de pratiquer. Et vous avez-vous des techniques pour rendre ces activités plus enrichissantes ?

Une vie sans vacances

Ou plutôt, une vie sans avoir besoin de prendre des vacances, voilà ce que j’aimerais.

Parce que ça voudrait dire que j’aurais trouvé un équilibre qui me satisfait, un lieu de vie qui me convient, un travail qui ne me prend pas trop de temps et qui me permet de vivre décemment, un rythme qui me permet de souffler quand j’en ressens le besoin, sans jamais ressentir cette urgence que j’ai bien connue à devoir partir au loin pour décompresser, oublier, fuir ? Une vie sous pression qui ne nous laisse pas le temps d’être, de rêver, de se promener, d’évoluer à notre rythme.

J’ai connu des années de vie parisienne intenses et très mondaines, je me rappelle que chaque demi-journée de congé était une fête, un long week-end l’occasion de partir au loin. Je ne pouvais supporter de rester plus de 3 mois sans sortir de la ville, j’avais rapidement l’impression d’étouffer, alors même que ma vie me plaisait comme ça. Tout le monde regardait fébrilement les jours fériés de l’année à venir, comptait les jours jusqu’aux vacances d’été, avait l’impression de faire une faute en prenant un week-end prolongé. C’était la norme. On se sentait sous pression et le café coulait à flot. Mais l’anxiété et le stress aussi, les nuits d’insomnie, les médicaments anxiolytiques échangés entre collègues, les gueules de bois au travail… Tout ça était normal.

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Jusqu’à ce que je rencontre lors de mes voyages des personnes qui avaient décidé de quitter cette vie infernale (à leurs yeux) pour prendre leur temps, des étudiants en année de césure, des jeunes diplômés qui avaient décidé de s’accorder un an avant de « s’installer », des personnes en plein questionnement existentiel suite à un burn-out, entre deux boulots ou en pleine reconversion, mais aussi des voyageurs au mode de vie alternatif (6 mois en Asie, 6 mois dans leur pays)…

Et puis l’idée a fait son chemin. Soudain, ma vie ne me plaisait plus comme elle l’était, mon travail avait perdu tout sens à mes yeux, une rupture amoureuse a tout précipité et puis, alors que je séjournais brièvement dans son ashram, j’ai entendu cette parole d’Amma : « Si l’on souhaite vraiment vivre selon les principes spirituels dans sa vie quotidienne, il faudrait vivre un an au moins auprès du maître. » (L’a-t-elle vraiment prononcée ?) Ni une, ni deux, rentrée à Paris, j’ai posé ma démission et 3 mois après je me retrouvais en Inde, sans billet de retour.

Ça fait plus de 10 ans maintenant, et ma vie s’est complètement transformée. Les choses ne se sont pas faites si facilement, mais aujourd’hui j’ai l’impression que je me rapproche de cet idéal et c’est la décision de tout quitter pour suivre cet appel qui a tout changé.

Comment reconnaître une ancienne (fausse) parisienne en province

Quatre ans de vie provinciale après plus de 10 ans de vie parisienne et à l’étranger et les anciennes habitudes qui commencent tout juste à disparaître :

– jamais de caddie au supermarché, pas de supermarché d’ailleurs (horreur !, trop de produits différents, trop de marche à faire dès qu’on a oublié quelque chose alors qu’on s’apprête à terminer le choix des fruits), mais un bon vieux panier en plastique, voire, attention, le panier à roulettes. Comme à Paris, on achète jamais pour plus de quelques jours, même si la taille du frigo le permettrait, et on fait attention à ne pas acheter trop d’un coup pour ne pas dépasser deux cabas, alors qu’on a une voiture pour tout remporter à la maison !!!

– les soldes entre midi et deux en centre-ville alors qu’on pourrait tranquillement aller dans une galerie le samedi comme la moitié de la France ;

– le cinéma en VO uniquement, tant pis pour le film s’il ne passe qu’en français, ce qui est le cas dans 75 % des cas, même dans une grande ville ; du coup, on ne va plus au cinéma… :-(;

– on continue à partir à l’étranger et à vouloir voyager alors qu’on a tout sur place : ville, mer et campagne, mais on ne peut parler de nos voyages en dehors des frontières qu’à peu de gens car ici les collègues partent en vacances dans la région, « sur la côte », voire, pour les plus aventureux, dans les Pyrénées, et on ne veut pas trop passer pour la parisienne (qui en plus parle anglais!)

– on dégaine notre dossier complet au quart de tour quand on vient de visiter un appart en location sur lequel on a flashé, alors que, sincèrement, si on était tranquillement venu avant la fin de la semaine le porter à l’agence, y aurait pas eu de problème ;

– on mange bio/végétarien et ça étonne encore beaucoup de monde (bizarrement) ;

– on ne connaît pas les séries et les références aux émissions populaires proposées par nos chères chaînes de télé, tout simplement parce qu’on avait pas de télé… mais maintenant on en a une pour regarder les docs sur Arte ;

– on ne sait pas « faire du bateau » et on confond bâbord et tribord ; ici j’ai bien l’impression qu’une personne sur deux a son permis bateau ;

– on s’extasie, sous le regard empli de compassion de nos collèges, quand notre plan de tomate en produit une, de tomate. Eux ça fait belle lurette qu’ils en font des salades, car ils ont maîtrisé le purin d’ortie et la liste des plantes amies des tomatiers, avant qu’on sache à quoi ça ressemblait, un plant de tomate ;

– on finit toujours par trouver des ex-parisiens avec qui échanger sur les horreurs du RER, l’agressivité des Parisiens, la pollution, la cherté des loyers, etc… mais aussi, sur la vie culturelle hors norme, la facilité à se faire des contacts (et oui, plus sur ce point dans un autre post), l’énergie que la ville dégage, ce qui nous manque un peu à tous quand même parfois.

Du privé à Paris au public en province

Avant toute chose, je veux préciser que c’est un changement de carrière mûrement réfléchi et non choisi par défaut et que j’ai passé plus de 10 belles années dans notre chère capitale.

Quand on arrive dans une administration en province, même située dans une grande ville qui fait parler d’elle (dans le bon sens) « à deux heures de Paris », il y a quand même une petite période d’adaptation, surtout quand on a travaillé dans le privé pendant « nos années formatives ». Ça va faire quatre ans que le virage a été pris et que certaines choses commencent à avoir l’air « normales », mais j’ai quand même envie de vous livrer un petit rapport d’étonnement…

Citons par exemple :

– déjà la moyenne d’âge : première direction régionale dans laquelle je suis arrivée : 360 personnes, 53 ans (!) d’âge moyen. Ça fait quand même bizarre… du coup fini les fous rires avec les copines, les apéros spontanés en sortant du travail, ici la grande majorité des gens a une famille à retrouver le soir, des enfants à récupérer, des adolescents à coacher. Ce qui impressionne également, c’est le fait que beaucoup sont « entrés » dans l’administration à 18 ou 20 ans et n’en sont plus jamais sortis. Du coup, c’est vrai que certains plis se prennent quand on a fait plus de 30 ans au même endroit et que les arrivées de « jeunes » (de 35 ans !) les bousculent parfois un peu trop !

– les discussions à la cantine : point très en lien avec le précédent : quand la moyenne d’âge atteint 53 ans, qui est l’âge moyen auquel les Français deviennent grand-parents (en province sûrement, parce qu’à Paris, les femmes ont des enfants plus tard!), ben, de quoi parle-t-on le matin au café ou le midi à la cantine ? Des petits-enfants juste nés ou à venir, des baptêmes, des mariages des filles et des fils… c’est imparable. C’est ça ou les recettes de cuisine, voire le jardin et ses tomates quand approche l’été. Le dernier film ? L’expo à Beaubourg ? Le dernier bouquin d’Édouard Louis ? Lisbonne au printemps ? On oublie… sauf, peut-être, avec les quelques collègues qui auront fait un « temps » à Paris (et qui l’auront apprécié ; c’est un autre sujet, mais nombreux ceux qui ont l’air d’avoir vécu des années véritablement misérables dans la capitale. En même temps, la Défense quand on a grandit près de la mer, c’est un peu dur).

– les horaires : c’est bien simple, à 7h30 les bureaux sont déjà à moitié remplis. Forcément, les gens n’ont, pour la plupart, plus d’enfants en bas âge à amener à l’école, du coup, ils viennent tôt… et repartent tôt. Les « bonne soirée ! » commencent à fuser vers 16h, heure du pic d’activité dans les entreprises privées dans lesquelles j’ai travaillé.

Au début, j’arrivais tranquille vers 9h, puis ça a été 8h45, puis 8h20 (la première fois, j’y ai pas cru), et maintenant c’est 8h max… du coup, les soirées sont libres et on a effectivement le temps de faire quelques trucs AVANT le dîner, ce qui était impensable à Paris.

– les délais et la définition du mot urgence : dans le privé, ou du moins selon l’expérience que j’en ai, « urgent », c’est dans l’heure, voire dans la demi-journée max. Dans le public, « urgent » c’est dans la semaine, voire, j’ose à peine le dire, dans la quinzaine. Au début les chefs sont tout étonnés quand on leur rend un travail rapidement, puis ils nous disent qu’on « travaille trop vite », puis ils laissent faire (genre, « c’est normal, elle vient du privé »).

– le rapport aux vacances : A Paris dans le privé, quand on a une demi-journée, c’est la fête. En début d’année, on analyse le calendrier pour voir quand tombent les jours fériés : un lundi ou un vendredi, c’est top, mardi ou jeudi, ça va encore (faudra prendre une journée pour en avoir quatre de libres d’affilée, mais ça se fait), un mercredi, c’est nul ! En plus ça tombe le jour non travaillé habituel pour de nombreuses femmes. Dès qu’on a réussi à « poser » quatre jours, on a qu’une envie, fuir ! Sortir de Paris, prendre le vert, voir la mer, surtout quand lesdits quatre jours tombent au printemps, vers la sortie d’un long hiver gris et souvent froid…. Et puis, une fois arrivé l’été, on compte les jours jusqu’au départ (du bureau ou en voyage), tout le monde connaît les dates exactes des vacances de tous ses collègues tellement c’est un sujet important… mais dès le 20 août, on commence à sentir une pression montante, car la « rentrée » approche : les wagons du métro se remplissent, la circulation est moins fluide, les feuilles des platanes commencent à roussir, septembre approche !

En province dans le public, c’est pas qu’on a plus de vacances que les grandes boites parisiennes, c’est juste que la qualité de vie est tellement différente qu’on attend pas les jours libres avec la même impatience. Il faut dire aussi que dans la région où je vis, beaucoup ont des résidences secondaires au bord de la mer (acquises ou héritées). Même sans résidence secondaire, il est plus facile de sortir de la ville pour se balader le soir ou le week-end, plus facile de se faire une escapade d’une journée (il n’y a pas 3 heures de bouchons à se taper au retour), plus facile de prendre l’air dans son jardin ou sur son balcon pour les nombreuses personnes qui en ont un… Du coup, dès le mois de mars, les gens ont la mine réjouie et commencent à arborer un léger hâle qui ne s’obtient que vers la fin juin à Paris…

Si vous êtes dans la même situation et que d’autres choses vous ont « étonnés », je serais curieuse de les entendre/de les lire.

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