Au-delà des mots

L’autre jour j’ai été rendre visite à l’hôpital à une ancienne amie de ma grand-mère qui est décédée il y a plus de 10 ans et dont j’étais proche. Cette femme, aujourd’hui âgée de 97 ans, est à l’hôpital suite à un œdème pulmonaire et à un infarctus. Jusqu’à il y a un an, elle vivait encore seule dans son appartement. D’une grande lucidité, c’est une femme d’une grande force morale qui a dû affronter la mort de son fils unique alors qu’il était encore jeune puis de son mari. Sans famille proche, elle est très croyante et je sais que la foi est ce qui la soutient, qui la nourrit, qui lui donne une direction. C’est d’ailleurs ce qui les liait avec ma grand-mère.

Depuis plusieurs années, je m’intéresse au très grand âge et à la fin de vie et ai passé une bonne partie de l’été dernier à lire les ouvrages merveilleux de Marie de Hennezel (notamment La Mort intime qui m’a beaucoup marquée) et ceux d’Elisabeth Kübler-Ross.

Ce que j’ai retenu à la lecture de ces ouvrages, c’est qu’on étouffe souvent la parole des malades et des personnes en fin de vie à cause de notre propre peur, notre propre vécu. Lors de cette visite récente, j’étais accompagnée de ma mère. Celle-ci n’arrêtait pas de lui dire que tout irait bien (qu’en sait-elle ?), qu’elle allait rentrer à la maison de retraite bientôt, qu’elle allait se remettre rapidement, sans lui laisser même le temps de répondre. La vieille femme n’y croyait mot, et le masque à oxygène sur sa bouche lui rendait la parole difficile. De mon côté, je n’avais rien à dire ; je ne sais pas si elle survivra, si même elle a le désir de vivre encore.

Je lui ai juste pris la main. Je m’attendais à la trouver glacée, mais ce fut une petite main frêle et toute chaude qui s’est glissée pour se réfugier dans la mienne. Mon autre main a recouvert la sienne et son autre main est venue s’ajouter à notre petit paquet tout chaud.

Deux échanges énergétiques se déployaient au même moment : l’un au niveau de la parole dans un véritable dialogue de sourds, et l’autre au niveau du toucher, silencieux celui-là, mais tellement vivant.

On a tellement peur de toucher les gens, de leur prendre la main, mais que reste-t-il quand on a atteint un si grand âge, qu’on est seul dans une chambre d’hôpital ? Il y avait tellement d’amour, de chaleur, de gratitude dans ce geste que j’en ai eu les larmes aux yeux. Un véritable moment cœur à cœur.

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15 ans sans viande

Je me rends compte que dans quelques jours, cela fera 15 ans que je n’ai pas mangé un morceau de viande, pas un seul petit bout de lardon, pas la moindre petite cuisse de poulet ou tranchette de saucisson.

Ça s’est littéralement fait du jour au lendemain. Un matin, je me suis levée et je me suis dit, c’est fini, je ne mange plus de viande, ni de poisson (j’ai repris le poisson depuis, occasionnellement). Petite je n’ai jamais été fan de viande et je me rappelle les longues heures passées devant mon assiette de viande rouge froide que je refusais de manger. Ça mettait mon père dans tous ses états. Je pense qu’il avait peur que je sois carencée, que je ne grandisse pas correctement si je ne mangeais pas assez de viande. Paradoxalement, je me régalais des lamelles de viande séchée (le fameux biltong!) que mes grand-parents, qui avaient passé plus de 35 ans en Rhodésie (l’actuel Zimbabwe), rapportaient de leurs longs séjour là-bas. Je pense que j’étais attirée par le goût salé qui servait à conserver la viande. Ma grand-mère a bien essayé par la suite d’en confectionner elle-même, mais le climat océanique où elle vivait en France a rendu impossible cette entreprise. Du biltong, ou son équivalent himalayen, j’en ai par la suite remangé lors de mes séjours au Népal. Cette fois il était agrémenté d’épices et de piments et je pense qu’il devait bien dépanner les trekkeurs de haute montagne.

Cette décision n’a pas du tout été mentalisée. A l’époque le mauvais traitement réservé aux animaux n’était pas si médiatisé et je ne peux pas dire que j’ai arrêté de consommer de la viande pour des raisons éthiques (même si aujourd’hui, je dois bien avouer que je suis contente de ne pas y contribuer trop – je ne suis pas végane). Non, pour moi ce fut comme une évidence. Il y a sans doute eu en moi un changement vibratoire vers cette période (ça s’est également traduit dans les vêtements et les pierres qui m’ont accompagnée) : ça faisait quelques années que je faisais du yoga, j’avais déjà fait de longs séjours en Inde, je m’étais initiée à la cuisine végétarienne, notamment au centre Sivananda de Paris où je vivais alors et j’avais rencontré Amma depuis quelque temps.

En gros, j’avais entamé un chemin spirituel sans m’en rendre compte et mon corps parlait pour moi. Pourtant il m’arrivait encore de boulotter des paquets entiers de viande des grisons en souvenir du délicieux biltong de mon enfance. Tout ça s’est terminé net. Par la suite, je n’ai jamais eu envie de viande, je n’ai jamais ressenti aucun manque et je peux même dire que, phénomène étrange, depuis cette date, ça m’arrive régulièrement d’avoir des rêves dans lesquels on m’offre à manger quelque chose que je ne reconnais pas et lorsque je comprends que c’est de la viande, je vomis. Ça doit bien m’arriver une ou deux fois par an ce genre de rêve. Amis de la symbolique des rêves, qu’est-ce que cela signifie ??

Alors évidemment, le passage au végétarisme, s’il a été facile pour moi, a été assez compliqué à faire comprendre. Mon père en a quasiment fait une dépression. Il me voyait déjà dépérir en quelques mois. Le choix s’est (beaucoup !) réduit dans les restaurants, alors que je mangeais dehors quasiment tous les midis. Il a fallu subir les remarques plus ou moins sympathiques de serveurs, notamment dans certains coins de France où la viande sous toutes ses formes est très présente dans la gastronomie. C’était avant la vague végé-végane ! Mes amis se sont gentiment adaptés, et je n’ai jamais fait autant de restos indiens qu’à cette époque.

Aujourd’hui, je me reverrais pas du tout en manger. C’est comme si la viande n’existait plus. Ce n’est plus pour moi une option alimentaire et ce, même si mon mari continue à en manger gaiement (leçon de tolérance quotidienne) !

Notre Dame

Comme beaucoup j’ai été scotchée par les images en direct de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Ayant vécu plus de 10 ans à Paris intra-muros, je lui ai rendu visite plusieurs fois et pour moi la cathédrale était/est vraiment le centre de Paris, son cœur battant.

Un édifice religieux de 800 ans détruit en quelques heures (on a su après que la structure avait quand même résisté, sûrement grâce aux choix judicieux effectués par les pompiers)… Pour moi une illustration de l’impermanence. On croit que les choses vont durer, on pense que certaines choses ne changent pas, mais tout peut être réduit en poussière en quelques instants. Tout bouge constamment, tout change, même si ces changements ne sont pas perceptibles. A mon sens, c’est une donnée qu’on ne prend pas assez en considération dans le monde actuel. On s’attache à des broutilles, on se met la rate au court-bouillon pour des bêtises et on ne voit pas que nous ne sommes tous que de passage, que la vie est courte et qu’elle passe vite.

Que cet accident soit arrivé à quelques jours de Pâques m’interroge. Issue d’une famille polonaise très catholique, j’ai été élevée principalement dans cette foi : baptême, communion, confirmation, années de catéchisme, retraites… Même si je respecte le Christ qui est pour moi un avatar, au sens où on l’entend en Inde, c’est-à-dire une incarnation divine apparue pour rétablir le dharma, je ne me suis jamais sentie proche de l’institution catholique et j’ai assez rapidement pris des chemins de traverse.

A l’heure actuelle, l’église catholique en tant qu’institution est en plein tourment, avec toutes ces affaires de pédophilie qui commencent à être connues, avec les procès qui ont lieu, les révélations, les reportages et documentaires qui sortent sur tous les abus de pouvoir et autres. Il semblerait qu’une grande purification s’impose. Le message du Christ a été dévoyé. A mes yeux, l’énergie féminine de Notre-Dame, de Marie, nous dit quelque chose en ce sens : nous devons à présent nous élever au-dessus des religions organisées pour aller vers une spiritualité détachée des dogmes, qui dépasse les clivages érigés par les institutions religieuses. La hiérarchie rigide de l’église catholique telle qu’elle apparaît aujourd’hui est à mes yeux totalement dépassée.

Pour moi, nous sommes entrés dans une nouvelle ère qui nous enjoint à revenir vers l’essentiel, à nous détacher du faste, de l’apparat, des apparences, des luttes de pouvoir et de l’appât du gain, pour revenir vers le centre, vers la source. Cette image, qui tourne sur les réseaux, de la croix dorée et lumineuse qui subsiste au milieu des décombres est pour moi éminemment symbolique : c’est le message essentiel du Christ, débarrassé de toute élaboration : ne pas oublier la dimension verticale de la vie, notre dimension spirituelle qui est si souvent moquée, mise de côté par nos modes de vie modernes basés sur la technologie et la compétition.

Se blesser en yoga?(2)

A la suite de mon premier article sur ce thème et alors que je me remets doucement d’un mal de dos contracté à la suite d’un mouvement mal exécuté (en Pilates cette fois), je voudrais livrer quelques réflexions ici sur les cours collectifs de yoga.

J’ai découvert le yoga à 20 ans lors d’un cours de yoga postural de base au Pays de Galle où je vivais alors. Il était dirigé par une femme qui me semblait bien âgée à l’époque (je dirais aujourd’hui qu’elle avait sans doute la petite soixantaine) et j’ai le souvenir d’une grande harmonie, malgré le nombre important d’élèves.

Quelque temps après je me suis installée à Paris et j’ai commencé à fréquenter le centre Sivananda. J’aimais bien l’ambiance du centre alors situé à Strasbourg-Saint-Denis, j’allais au satsang du dimanche après-midi, à des cours de cuisine végétarienne et bien sûr aux cours de yoga. Nous étions installé dans de petites pièces et je me rappelle que les tapis étaient quasiment au touche à touche. Le déroulé était toujours le même, suivant les 12 postures de base de la méthode Sivananda dont Shirsasana, la posture sur la tête. Le problème c’est que les profs changeaient tout le temps. On pouvait avoir repéré un prof dont le style nous convenait bien et ne jamais le ou la revoir ensuite. Donc nous étions en présence d’un collectif constamment mouvant d’élèves et de profs. Et a posteriori, je m’interroge : n’y a-t-il pas une forme d’inconscience à enseigner ce type de posture à des personnes qu’on ne connaît pas du tout, dont on ne sait pas si elles pratiquent depuis 2 mois ou 3 ans, si elles ont des problèmes de cervicales ou de glaucome, etc.

De mon côté je me rappelle très bien m’être relevée d’un Shirsasana avec de petits vaisseaux éclatés un peu partout sur le visage et notamment autour des yeux. Le cours suivant j’en ai parlé au prof du jour, qui m’a juste dit que j’avais dû faire quelque chose qu’il ne fallait pas et puis c’est tout. Je sais qu’aujourd’hui certains studio de yoga, notamment aux États-Unis, ont décidé de ne plus enseigner de postures telles que celle-ci dans des cours collectifs où il n’y a pas de suivi des élèves (les « drop-in classes »). C’est peut-être juste une question d’éviter les dépôts de plaintes, mais ça me semble quand même vraiment sage.

Le yoga conserve l’image d’une activité douce et sans danger, malgré tout il faut bien admettre que le yoga, comme toute pratique physique, peut entraîner des douleurs voire des blessures et même dans certains cas extrêmes des fractures. Les profs prennent-ils toujours le temps de mettre en garde les élèves, de demander s’il y a un historique de blessures ou de fractures, connaissent-ils assez bien l’anatomie ?

De mon côté j’attribue ma faiblesse aux cervicales à ces Shirsasana et autres Sarvangasana (la posture de la chandelle) peut-être mal enseignés, en tout cas mal pratiqués. Depuis quelques années, sur les conseils de mon ostéo, je ne fais plus ces postures dans ma pratique personnelle de, pourtant j’aimais beaucoup Halasana (la charrue).

L’année dernière, je me suis rendue en compagnie d’une amie à un festival de yoga dans ma ville. Nous avions décidé de participer au cours de Kundalini yoga. Résultat pour mon amie de 60 ans, 2 séances chez l’ostéo pour se remettre de ce cours, pendant lequel le prof ne doutait de rien. Il nous faisait tenir des poses pendant de longues minutes, nous faisait répéter certains mouvement des dizaines de fois, sans jamais dire qu’il fallait nous écouter et arrêter si ça devenait trop. En gros, il ne faisait cours qu’au moins de 25 ans avec 10 ans de pratique du yoga (j’exagère à peine) alors qu’il était dans le cadre d’une journée découverte. A mes yeux, il a ternit l’imagine de sa discipline.

Dans ma compréhension, le yoga ne nous invite pas à la compétition et au « toujours plus » ; il nous aide à nous connecter à notre corps et à nos sensations, à libérer progressivement les mémoires enfouies dans nos tissus (les fameux « fascias »), à rester dans le moment présent. Ce sont déjà là de belles propositions et je trouve qu’il est dommage qu’on le réduise à de la gymnastique parfois acrobatique.