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Toulonnades

Toulon début novembre. Un vent glacial descend des montagnes. Je me réfugie sur le port pour voir la méditerranée; les escaliers traditionnels me coupent le souffle.

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Varsovie côté châteaux

Ce n’est que maintenant que je trouve le temps de trier quelques photos de notre voyage à Varsovie au mois de septembre, où nous étions invités à un mariage.

Ces quelques jours sur place ont été également l’occasion de faire des visites que nous n’avions pas eu la possibilité de faire lors de notre précédent voyage en 2013.

L’histoire de Varsovie est très riche et particulièrement mouvementée au XXe siècle. Nombreuses sont d’ailleurs les personnes qui viennent à Varsovie pour y visiter les monuments, musées et sites liés à la période de la seconde guerre mondiale : musée national de Varsovie, Musée de l’Insurrection de Varsovie, mémorial du Ghetto Juif, Umschlagplatz…

De notre côté, nous avons opté pour le Château Royal en plein centre, juste à côté de la vieille ville (qui en réalité date des années 50 puisque tout a été démoli pendant la guerre) et le Palais Wilanowa (tout jaune!), à 30 minutes du centre en taxi, qui lui est d’origine et où on peut passer une très agréable après-midi à flâner dans les jardins ou faire un tour en barque après en avoir visité les très nombreuses pièces.

Dans le sous-sol du Château Royal, il y a une très émouvante exposition sur la destruction de la ville pendant la guerre et la reconstruction du Château qui a rapidement été décidée à la suite de celle-ci.

Lors de notre prochain séjour, nous nous plongerons sans doute plus profondément dans l’histoire tourmentée de cette ville, mais vu que nous étions là pour un mariage, je dois avouer que nous n’avions pas trop la tête à ça pendant cette visite…

Je crois que ce que je trouve le plus difficile à supporter quand je traverse les phases de stress intense que je connais parfois, c’est vraiment le sentiment de séparation avec soi-même et les autres.

Quand je suis stressée, j’ai le cœur qui bat plus vite, je transpire plus facilement, je suis rapidement impatiente et le sommeil devient juste ridicule. Soit je m’endors facilement et après quelques minutes, je me réveille, car je suis envahie par une vague de stress. C’est comme si je sentais le cortisol et l’adrénaline que mes pauvres glandes surrénales injectent dans mon organisme, envahir mon corps. C’est très désagréable. Mon cœur se met à battre encore plus vite, cela me réveille complètement et généralement je ne peux me rendormir au mieux que des heures après, très tard dans la nuit. Ou alors c’est l’opposé, de fatigue, je m’endors et reste endormie quelques heures puis vers 3 ou 4 heures, c’est le réveil en sursaut et les idées qui tournoient dans ma tête que je sens presque prête à exploser.

Quand il faut se lever, c’est l’horreur : l’impression d’avoir passé la nuit dans un avion. Des cernes sous les yeux qui sont gonflés, le teint rougi par l’excès d’hormones de stress (qui sont des inflammatoires notoires), l’impression d’avoir une masse lourde et embrouillée à la place du cerveau. Les idées sont confuses, l’attention en berne, le désintérêt généralisé et la patience à zéro. Comme j’ai la plupart du temps retardé mon réveil, je ne peux pas faire mes pratiques spirituelles habituelles (que j’essaie de faire le soir en rentrant, pour « rattraper », mais évidemment ce n’est pas pareil, avec la fatigue de la journée, etc.) Ce n’est pas pour rien que la tradition suggère qu’elles soient faites le matin, le plus tôt possible, avant que nous ne soyons pris dans le tourbillon des activités de la journée et d’en avoir accumulé la fatigue.

Sur la voie spirituelle, la détente et la décontraction sont des éléments clés. En effet, comment parvenir à méditer (c’est-à-dire en réalité le plus souvent, juste parvenir à un minimum de concentration) quand on a les idées qui tourbillonnent à en devenir obsessionnelles, quand on pique du nez dès qu’on ferme les paupières, quand on a le corps endolori par excès de tensions et d’acides, etc. C’est la raison pour laquelle de nombreuses traditions insistent sur ce point. C’est comme un préalable. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de méditer quand vous êtes vraiment stressé, mais c’est pour moi complètement impossible. La tension nerveuse empêche le corps de rester immobile et l’esprit est trop embrumé pour se concentrer sur quoi que ce soit. Du coup, au stress vient s’ajouter un sentiment d’échec par rapport à la pratique, qu’il devient impossible de continuer.

En fait, quand je suis dans cet état-là, c’est comme si j’étais en mode survie. Les journées au travail (qui pourtant me plaît), me semblent interminables, je n’attends qu’une chose, c’est de pouvoir rentrer à la maison et m’allonger un peu, histoire d’essayer de passer une soirée à peu près correcte avant une autre nuit a priori difficile. La semaine se traîne en longueur et comme je ne suis pas très productive le soir après le travail, je me retrouve avec plein de corvées une fois le week-end arrivé.

Bref, lorsque je suis en période de stress intense, je perds le contact avec moi-même et en le perdant je deviens moins attentive aux autres. Je me retrouve arcboutée sur moi-même dans une attitude mentale tellement négative qu’il me devient bien impossible de manifester compassion et/ou patience envers autrui. Le pire c’est que je suis sûre que, le stress chronique atteignant partout dans le monde des proportions épidémiques, nous sommes nombreux à passer par ce genre de phases et donc à passer à côté de nous-même et des autres à cause du stress.

C’est la raison pour laquelle il paraît fondamental d’apprendre à faire le tri dans ses priorités pour limiter autant que possible ce stress qui nous rend malades au niveau individuel et au niveau global. Quand on a la sensation d’être en mode survie, il est impossible de mettre l’autre avant nous, ce qui est pourtant prôné par toutes les grandes traditions spirituelles, il devient impossible de manifester spontanément de la bienveillance, de la « loving kindness » comme disent les bouddhistes. Le lien avec soi et donc avec l’autre est perdu. On peine à puiser dans le réservoir d’amour universel qui pourtant sous-tend toute chose. À mon sens, c’est l’une des raisons de la violence croissante de nos sociétés. Comment rester en contact avec l’autre de manière positive quand nous sommes nous-mêmes pris dans la négativité et que nous sommes à bout de nerfs ?

Autour du même thème,

Crise d’angoisse (1) et (2), L’importance de la relaxation et Stress et hatha yoga

Dans une autre vie, je vivais à Paris et je menais une vie mouvementée dans l’édition. J’étais stressée, fatiguée et un rien m’exaspérait. Je venais de rencontrer Amma et je sentais bien qu’un changement de perspective allait s’enclencher.

C’est également à cette époque que j’ai vécu pendant quelque temps avec un Indien qui était en France pour des études de cinéma. Il avait reçu une éducation intégrale et hautement spirituelle dans l’une des écoles de la Mère à New Delhi. Sa famille était très engagée dans la vie de l’ashram et en tant qu’enfant unique, il avait été très choyé par sa mère, sa grand-mère et tous les résidents et visiteurs de cet ashram.

Cette éducation et sa culture spirituelle avaient fait de lui un être solaire qui était apprécié de tous. Il prenait la vie comme elle venait, ce qui parfois créait des incompréhensions entre nous. Un jour, déjà séparés à ce moment-là, je sortais de chez lui pour rentrer à la maison. Il m’accompagnait.

En retrouvant mon vélo attaché à une grille, je me suis rendu compte qu’une des roues était à plat. Je suis tout de suite partie en vrille : mélange d’exaspération, de frustration (il allait falloir rentrer à pied, il était déjà tard, etc.), de colère (comment c’est possible alors qu’il était parfaitement gonflé quand je l’ai laissé il y a 2 heures ?), etc. Devant ma réaction complètement disproportionnée, après tout il ne pleuvait pas et il faisait encore jour, il s’est contenté de dire : « Mais tu sais, c’est peut-être arrivé pour que tu évites un accident aujourd’hui. » Sa perspective était à l’opposée de la mienne. C’est presque comme s’il y avait de la gratitude dans sa voix.

Aujourd’hui, avec le recul, après du temps passé en Inde, quelques années de pratiques spirituelles et beaucoup de découvertes intérieures, je sais qu’il avait raison et cette réponse est restée gravée dans ma mémoire. Quand il arrive un incident mineur dans nos vies, il se pourrait bien qu’en réalité, nous en évitions un plus grave.

Les roues qui crèvent, les trains et les avions en retard, tous ces moments qui nous poussent à la vacance nous sont finalement donnés comme des respirations dans nos vies, pendant lesquelles on ne peut pas vraiment faire grande chose de plus que d’attendre et, pour peu que nous ne jetions pas d’office sur notre téléphone « pour tuer le temps », regarder ce qui se passe à l’intérieur de nous-mêmes.

Dans la même « mini-série », épisode 1 et épisode 2.

Maîtres du quotidien (2)

Aujourd’hui c’est un jeune chat qui m’a enseigné une leçon importante de stoïcisme.

Un été, après le dîner et une belle journée de randonnée dans la montagne, nous nous promenions dans un petit village d’Ariège quand nous sommes passés le long d’un jardin dans lequel se trouvait un jeune chat gris. Celui-ci se tenait assis sur une table de métal peint. Apparemment il s’était battu la veille ou quelques jours auparavant et était blessé à l’oreille et sur le devant. Ses plaies étaient encore rouges et devait bien le faire souffrir. Malgré tout il gardait la tête haute ; il se tenait droit, presque avec fierté. Ces plaies dans son pelage n’entamaient en rien sa perception de lui-même. Il était là, pleinement lui-même, aucunement diminué par ses blessures.

Dans bien des cas, pour autres êtres humains, dès que nous percevons sur nous ce que nous considérons comme un défaut physique (bouton, cicatrice, cheveux blancs, quelques kilos en trop…), nous nous lamentons, notre confiance en nous en prend un coup et nous nous dévalorisons. Certains iraient jusqu’à annuler un rendez-vous pour un motif si insignifiant. C’est que pour la grande majorité d’entre nous, nous nous identifions complètement à notre corps. Notre corps c’est nous. Pourtant nous savons bien que ce n’est qu’une enveloppe, qu’un véhicule qui nous est donné pour cette vie. C’est à nous d’en prendre soin avec bienveillance, mais le corps n’est pas notre essence.

L’image de ce jeune chat m’est souvent revenue l’an passé quand j’ai dû me faire opérer d’une lésion cancéreuse au coin de l’œil. La cicatrice est bien évidemment toujours visible et elle a été moche pendant des mois. En plein milieu du visage, entre les yeux, c’est tout à fait visible. Dès le lendemain de l’opération, alors que j’avais la tête d’un boxeur avec un hématome géant et que je ne pouvais presque pas ouvrir l’œil droit, je me suis souvenue de ce chat et je me suis dit que je ne laisserai pas cette cicatrice entamer mon estime de moi, malgré les questions moqueuses de certains collègues, malgré les regards gênés et interrogateurs, malgré l’image que me renvoyait le miroir.

Maîtres du quotidien (1)

J’éprouve ici le besoin de rendre hommage à quelques personnes et quelques situations qui m’ont enseigné de belles leçons au fil des ans. On dit souvent que la vie est notre maître spirituel, encore faut-il avoir assez de conscience pour se laisser pénétrer par les messages qu’elle nous adresse par l’intermédiaire des situations et des autres.

Penchée au-dessus de la balustrade du balcon, j’ai 7 ou 8 ans. Au rez-de-chaussée, je vois une femme débarrasser la table du déjeuner et se mettre à la nettoyer. Elle prend le temps d’essuyer chacun des sets de table avec attention, de les placer correctement pour leur permettre de sécher au soleil, puis elle passe l’éponge sur toute la surface de la table, prenant la peine de frotter çà et là pour enlever une petite tache quelconque.

Quelle situation plus banale ? Nous la répéterons des milliers de fois dans notre vie. Et pourtant ce moment est resté gravé dans ma mémoire et m’a enseigné l’importance d’accorder aux choses toute notre attention. Cette femme ne manifestait aucune impatience à effectuer une tache aussi banale, elle semblait y mettre toute son attention et tout son cœur, elle l’a faite parfaitement, dans la détente. Cette attitude était en directe opposition avec l’attitude générale de ma mère, qui vivait la plupart du temps dans un climat intérieur de tension et d’impatience qui rendait la vie avec elle assez pénible.

L’attention et le soin que l’on met à effectuer les taches du quotidien est un aspect important de la vie spirituelle. Ça aiguise notre vigilance et notre concentration, ça nous force à rester dans le moment présent et ça nous permet aussi et surtout d’ouvrir notre cœur en mettant de l’amour dans toutes nos actions. Là où il y a de l’amour, il n’y a pas d’effort.

C’est une pratique quotidienne qui nous est proposée : étendre le linge, faire la vaisselle, passer l’aspirateur, faire les courses, toutes ces activités répétitives peuvent soit nous peser et devenir source de stress et de frustration, soit être pour nous l’occasion d’ouvrir notre cœur et de cultiver notre gratitude. Après tout, si nous nous trouvons à effectuer ces taches, c’est que nous avons des vêtements pour nous couvrir, un toit au-dessus de notre tête, assez d’argent pour acheter à manger, etc. Nos besoins essentiels sont couverts et rien que pour ça, nous sommes privilégiés.

Honorons les transitions

« Les transitions, c’est un changement d’énergie.  »

Sur le moment quand j’ai entendu cette courte phrase lors d’un stage auquel j’ai participé récemment, je n’ai pas compris pourquoi elle m’avait tant interpellée.

Puis je me suis rendu compte, que justement, je n’honorais en général pas assez les transitions.

Il y a bien sûr les grandes transitions de la vie: de l’enfance à l’adolescence, de l’adolescence à l’âge adulte, puis la vieillesse, les déménagements, les changements de situation relationnelles, professionnelles, l’arrivée d’un enfant, un décès… mais il y a aussi les transitions du quotidien: arriver au travail, revenir à la maison le soir, le coucher du soleil, la transition de la semaine au week-end, du week-end à la semaine de travail, d’un dossier à l’autre, d’une activité à l’autre, d’une saison à l’autre…

Ce n’est que récemment que j’ai commencé à m’accorder des moments de pause, de transition justement entre deux états. Pendant longtemps, je me suis comportée comme si je n’avais pas besoin de ralentir pendant ces moments de transition, comme si j’étais capable de faire les choses sans transition justement.

Je partais quelques jours à l’étranger, passais la nuit dans l’avion et arrivais directement au travail de l’aéroport (avec encore mon sac sur le dos; je ne peux pas dire que ça m’est arrivé de nombreuses fois, mais ça m’est bien arrivé!). De même, je ne m’autorisais pas à avoir un temps d’adaptation à l’arrivée dans un nouveau pays. Je demandais à mon corps et à mes émotions de se réguler immédiatement, me lançant dans de multiples activités et une frénésie de visites, quand je voyais les autres s’accorder deux ou trois jours de repos pour se remettre du voyage et débuter les découvertes doucement.

Ou alors je me jugeais sévèrement parce que je trouvais que je n’arrivais pas à m’adapter à un nouvel emploi assez rapidement, alors que changer de travail, finalement, c’est un vrai changement de vie: transports, rythmes, relations avec les collègues, apprentissage de nouveaux domaines, tout change. C’est bien entendu une évidence (qui m’a longtemps échappée!), mais je me rends compte aujourd’hui que je me me suis longtemps imposé une vie sans transition par souci de toujours paraître « au top », « adaptable », « flexible ». Ces critères sont ceux de notre société toujours en mouvement, toujours fluctuante où tout va très vite, mais ils ne sont pas ceux de notre cœur. Le mental et l’intelligence ont un rythme très rapide, on saisit souvent rapidement les enjeux d’une nouvelle situation, mais le cœur, lui, est beaucoup plus lent et a besoin de plus de temps pour s’adapter et trouver sa place. Encore faut-il lui en donner la chance!

Les grandes transitions, comme celles du quotidien, sont souvent un temps de flottement, de brume (ou de brouillard) pendant lequel les énergies changent: les anciennes se dissipent et les nouvelles se mettent en place. C’est pour moi à présent un temps d’observation que je cherche à reconnaître et à respecter. Quand je rentre du travail par exemple, je sais que j’ai besoin de 15-20 minutes de transition pour que l’énergie de la journée et ses tensions se dissipent et que je puisse pleinement profiter de la soirée. Certains marqueront cette transition par un apéritif, d’autres par une sieste éclair ou profiteront du temps de transport pour « se vider la tête » avec de la musique ou de la lecture… A chacun ses stratégies !

Dans les cercles spirituels et conscients, j’ai remarqué également qu’une grande importance est accordée aux transitions. On débute une activité, on la fait, puis on clôture avant de passer à autre chose. Parfois la transition est matérialisée par le son d’une cloche, par le chant de mantras, par la récitation d’une prière. Il ne s’agit pas de courir plusieurs lièvres à la fois comme on le fait dans notre vie quotidienne, par exemple en avalant notre petit-déjeuner en lisant un magazine d’un œil et en vérifiant les notifications sur notre portable de l’autre, tout cela au son de la radio ou de la télé. Il s’agit au contraire d’honorer la transition d’un moment à l’autre pour mieux goûter le moment présent. Et quand on goûte véritablement le moment présent, la vie acquiert une saveur plus profonde. On ne se contente plus de rester en surface des choses et des relations.

Traditionnellement en Inde, des rituels sont menés à l’aube et au coucher du soleil, des mantras sont récités au début de chaque activité et avant les repas; chaque moment est ritualisé pour justement honorer les transitions. Cela permet de poser le mental, d’aligner tous nos corps (physique, éthérique, intellectuel, émotionnel et spirituel) sur l’énergie du moment, afin de vivre de façon plus consciente et de sortir de la mécanicité et de la superficialité ambiante. Une vie bien vécue est finalement une vie où l’on aura été présent à soi et aux autres, moment après moment, jour après jour, année après année.

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